Colette MELOT : Débat préalable à la réunion du Conseil européen des 22 et 23 mars 2018

Mis à jour : janv 10


Le Conseil européen des 22 et 23 mars verra le lancement du semestre européen définissant les priorités économiques de l'Union européenne. Principal outil de convergence économique, il s'articule autour de trois axes : réformes structurelles pour la croissance et l'emploi, politiques budgétaires dans le cadre du Pacte de stabilité et de croissance, prévention des déséquilibres macroéconomiques.

Le 6 mars dernier, la Commission européenne a sorti la France de la catégorie des pays à déséquilibre macroéconomique excessif, pour la première fois depuis dix ans ; elle lui a également décerné un satisfecit pour les réformes entreprises, même si la dette publique et le déficit commercial restent préoccupants.

Mme Colette Mélot. - Rigueur budgétaire et poursuite des réformes sont cruciales pour notre crédibilité, et pour retrouver notre capacité d'entraînement. Le volet social va de pair avec le volet économique ; or il a trop longtemps été négligé. Le primat donné au grand marché a conduit au désenchantement des peuples. L'Union européenne doit marcher sur ses deux jambes. En 2007, Benoît XVI évoquait à Vienne la maison Europe, un modèle européen qui conjugue « efficacité économique avec justice sociale, pluralité politique avec tolérance, libéralité et ouverture ».

La mondialisation doit être canalisée et régulée, disait-il, pour protéger les plus fragiles et les générations futures. C'est le sens du projet européen.

L'ordre du jour social du Conseil européen est fourni. La mise en oeuvre du socle des droits sociaux est nécessaire pour harmoniser les conditions de vie des travailleurs ; la création d'une autorité européenne du travail remédiera aux failles du marché unique et encouragera la coopération entre États membres. La France doit plaider pour une institution puissante et efficace.

En matière de fiscalité du numérique, il faut concilier efficacité et justice, encouragement à l'innovation et juste contribution aux charges communes. Le prix Nobel français Jean Tirole a attiré l'attention sur les économies en réseau qui échappent à la territorialisation de l'impôt et profitent de la concurrence fiscale entre États. La réponse est européenne. L'Europe doit être unie et forte pour défendre ses intérêts et ses valeurs. Le 55eanniversaire du Traité de l'Élysée a marqué la volonté du président de la République et de la Chancelière de relancer le projet européen autour du moteur franco-allemand. Mais chacun des 27 a un rôle à jouer pour incarner une Europe puissance.

Celle-ci ne fonctionnera que si les institutions jouent le jeu. À cet égard, la nomination de Martin Selmayr au poste de secrétaire général de l'Union européenne jette une ombre. À l'aube des élections européennes, quel cadeau aux europhobes ! La France doit contester, Claude Malhuret l'a dit, l'opacité de la procédure et la surreprésentation de l'Allemagne aux postes clés. Sans hurler avec les loups populistes et eurosceptiques, il faut avoir le courage de critiquer ce qu'on aime. Une critique constructive et bienveillante, pour rebâtir la maison Europe sur des fondements plus durables.


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