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Claude MALHURET : Débat après la déclaration du Gouvernement portant sur la fiscalité écologique

Mis à jour : janv. 3


Monsieur le Président,

Monsieur le Premier Ministre, Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mes Chers collègues,

La France est le plus révolutionnaire des pays conservateurs. Et la crise politique et sociale qui nous guette depuis trente ans est arrivée. Cette colère, tous autant que nous sommes, nous l’avons sentie venir, dans nos campagnes, dans nos quartiers, dans nos territoires. Et pourtant, année après année nous n’avons pas su relever le défi. Par lâcheté peut-être, par faiblesse sûrement, par renoncement c’est certain. Nous n’avons pas réformé alors que tous les autres autour de nous réformaient. Et en punition nous avons eu le pire des deux mondes : plus de dépenses publiques et moins de service public, plus de dette et moins de justice, plus de mots et moins d’actes.

Les évènements nous mettent au pied du mur. Est-ce que nous allons sortir de cette crise, comme de tant d’autres auparavant, avec un rafistolage qui ne changera rien ou est-ce que nous allons enfin profiter de cet électrochoc pour poser enfin, et résoudre, le sujet essentiel, soigneusement mis de côté depuis des années ? Est-ce que nous allons continuer la politique du chien crevé au fil de l’eau de toujours plus de taxes et toujours plus de dépenses ou est-ce que nous allons enfin parvenir dans notre pays recordman du monde de la fiscalité, à faire ce que plusieurs de nos voisins ont réussi, l’optimisation et la rénovation profonde de la dépense publique et des services publics, seul moyen de parvenir à la baisse des impôts, donc à la hausse du pouvoir d’achat ?

Ce défi concerne le Gouvernement comme le Parlement.

Le gouvernement tout d’abord. Cette grande consultation que vous annoncez, Monsieur le Premier Ministre, vous devez vous assurer qu’elle sera suivie d’effets. Si ce Grenelle de la fiscalité et de la transition écologique devait déboucher sur l’application de la formule de Queuille : « La politique ce n’est pas de résoudre les problèmes, c’est de faire taire ceux qui les posent. » si elle devait consister à noyer le poisson, à mettre la tête dans le sable en attendant des jours meilleurs, alors la colère d’aujourd’hui ne sera rien en comparaison avec celle qui saisira les français qui depuis longtemps n’en peuvent plus des autruches.

Si au contraire vous saisissez cette occasion que l’histoire vous présente, alors peut-être avez-vous une chance, dans des conditions difficiles, de réformer vraiment ce pays qui crève de ne pas avoir été réformé.

Quant à nous parlementaires, notre responsabilité n’est pas moindre. Si notre participation au débat n’est que l’occasion, comme je l’ai déjà entendu depuis plusieurs jours, de propositions démagogiques et contradictoires, du genre baisse des impôts couplées à une augmentation des dépenses, ce qui revient à essayer de soulever un seau alors qu’on a les deux pieds dedans, s’il s’agit seulement de demander la démission du Président de la République depuis un trottoir des Champs-Elysées ou la dissolution de l’Assemblée Nationale par ceux qui rêvent d’un grand soir en croyant qu’ils ont rendez-vous avec l’histoire alors qu’ils n’ont rendez-vous qu’avec le journal de TF1, je ne crois pas que les français nous pardonneraient de prendre en otage nos institutions et d’aboutir à un nouveau quinquennat pour rien.

Mais dans tous les cas il y a une responsabilité que gouvernement et parlement partagent. C’est celle de retrouver leurs prérogatives. Chacun a le droit d’aimer ou de ne pas aimer les gilets jaunes, chacun a le droit de soutenir leurs revendications ou de les trouver confuses et irréalisables, chacun a le droit de penser qu’on peut bloquer les routes ou, comme c’est mon cas, d’être allergique aux atteintes à la liberté d’aller et venir, mais à la fin des fins, dans une démocratie représentative, la loi se fait au Parlement et pas sur les ronds-points. Pour les mêmes raisons que dans une démocratie il est préférable de mettre des bulletins dans les urnes que des pierres dans les vitrines.

Pourquoi est-ce que je dis ça ? Parce que je voudrais que dans cet hémicycle, nous nous interrogions avec gravité, mes chers collègues, sur le fait que l’une des premières revendications du mouvement actuel, nous l’avons tous entendu, c’était la suppression du Sénat. Est-ce que nous allons, nous, ici, nous taire là-dessus ? Est-ce que nous ne voyons pas ce que ça signifie ? La réalité c’est que nous sommes pris entre deux feux : d’un côté un Président de la République qui, dans son obsession de la verticalité, a cru qu’il pouvait enjamber les corps intermédiaires, les parlementaires, les élus locaux, et qui se retrouve aujourd’hui logiquement, ayant fait le vide de ses interlocuteurs institutionnels, en confrontation directe avec une base radicalisée. De l’autre côté un mouvement qui pense que sans aucune organisation et grâce à Facebook on peut se passer de la représentation nationale, voire demander sa disparition. Ce que nous savons, nous, c’est qu’un pays ne peut se diriger par les réseaux sociaux, que, chaque jour un peu plus ces réseaux sociaux sont envahis de fake news et de bullshit, chaque jour un peu plus leur devise semble être : « Je hais donc je suis ». Ce que nous savons c’est qu’une situation dans laquelle une base radicalisée s’oppose sans aucun intermédiaire au gouvernement et au Président, au point qu’un de ses leaders n’a pas hésité hier à appeler à envahir l’Elysée samedi prochain, qu’une telle situation ne peut se terminer que de deux manières : soit l’insurrection, soit en cas de pourrissement la dispersion d’un mouvement et l’oubli de ses objectifs dont il ne resterait pas plus que ce qui reste d’un moineau ayant traversé un ventilateur.

S’il y a une chose que nous devons rappeler aujourd’hui, ici, dans cet hémicycle, que nous devons rappeler au Président de la République comme aux gilets jaunes, c’est que la dernière chose dont la France a besoin c’est l’affaiblissement du Sénat et plus généralement de tous les corps que l’on appelle à tort intermédiaires et que l’on ferait mieux d’appeler indispensables car ils constituent la colonne vertébrale du pays.

Il me reste un dernier sujet à évoquer : celui des violences, car la crainte de ce qui pourrait se passer samedi prochain est en train de devenir la préoccupation majeure. Ces violences ne sont pas seulement graves en elles-mêmes. Elles sont graves par leurs conséquences sur ceux que les casseurs prétendent défendre, ceux qui travaillent dans les commerces ou les entreprises détruits et qui ont les mêmes problèmes de fin de mois que les autres. Elles sont graves pour l’image de la France à l’étranger qui est une fois encore, en train de plonger. Elles sont graves enfin par le lieu choisi. L’Arc de Triomphe, comme l’Assemblée, le Sénat, la Concorde, ce sont les lieux emblématiques de l’histoire de France, ce sont les symboles de la mère-patrie. Taguer l’Arc de Triomphe, casser ses bas-reliefs, dévaster son intérieur, c’est comme donner une gifle à sa mère. Ceux qui sont capables de faire ça, et je ne les confonds pas bien sûr avec l’ensemble des gilets jaunes, ne sont pas seulement des casseurs, ils ne dégradent pas seulement un monument, ils dégradent notre identité nationale.

C’est la raison pour laquelle appeler à une nouvelle manifestation à Paris samedi, dans les mêmes conditions d’impréparation et d’irresponsabilité que celle de samedi dernier, c’est prendre une lourde responsabilité.

Il y aura, en face des manifestants, ceux qui sont eux aussi le rempart de notre identité nationale et de notre sécurité. Les forces de l’ordre, dont je voudrais à mon tour saluer, après le 1er Ministre, le courage dans des circonstances particulièrement difficiles, alors même qu’elles sont depuis trois ans constamment sur la brèche dans la lutte contre le terrorisme.

Mes chers collègues, dans ce moment crucial, je souhaite que nous puissions faire preuve du même courage. D’abord le courage des mots, le courage de dire la vérité aux français, la vérité sur l’état de nos finances publiques, sur nos choix de société et sur l’avenir de la planète. Ensuite le courage des actes, celui de prendre les décisions difficiles dont le pays et les français ont besoin. C’est notre mission aujourd’hui.


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