Franck MENONVILLE : Débat sur le thème : "Quel avenir pour l'enseignement agricole ?"

Mis à jour : janv 3


Monsieur le Président,

Monsieur le Ministre,

Mes Chers Collègues,

En 1850, à Nancy, une statue fut érigée à la mémoire de Mathieu de Dombasle, et la place sur laquelle elle se trouve porte désormais le nom de ce Lorrain, que l’on considère comme le père de l’enseignement supérieur agricole. Cet agronome, animé par l’envie de transmettre sa passion, avait bien compris que l’enseignement agricole ne visait pas seulement à améliorer les techniques ou à augmenter la productivité.

Il avait aussi compris que le travail de la terre donnait à l’homme une activité noble, par laquelle tout un chacun peut s’élever.

C’est dans cet esprit que l’enseignement agricole s’est développé en France depuis près de deux siècles.

L’enseignement professionnel connaît aujourd’hui des formes diverses, du public au privé en passant par les maisons familiales et l’apprentissage en alternance. Elles constituent un ensemble riche et complémentaire, dont la diversité fonde l’excellence de cette filière.

Je m’intéresserai, dans le cadre de ce débat, plus spécifiquement à l’enseignement professionnel public, plus directement dépendante de votre action Monsieur le Ministre.

La loi attribue à cet enseignement différentes missions qui vont bien au-delà de la seule formation scolaire et professionnelle. Il doit également contribuer à l’animation du territoire, à la coopération internationale, à l’expérimentation et à l’insertion.

C’est dire l’importance que la puissance publique lui confère, mais aussi et surtout la responsabilité qui incombe aux acteurs de terrain qui le font vivre au quotidien dans nos territoires.

La France en tant que première agriculture européenne doit savoir évoluer pour conserver sa place sur les marchés internationaux alors même que d’autres modes de consommation et d’autres types de besoins émergent.

L’évolution de l’agriculture face à l’évolution du climat, face aux impasses techniques et technologiques, face aux limites de l’efficacité de la chimie, face au développement du bio, de l’agroécologie et des marchés de proximité oblige tous les acteurs à adapter les savoirs et les pratiques pour préparer aujourd’hui nos agriculteurs au monde de demain.

Ces évolutions s’avèrent déterminantes pour les acteurs du secteur.

Elles imposent de nouvelles exigences en matière d’innovations techniques et d’adaptation technologique et de ce fait pédagogique.

Nouveaux besoins, nouveaux publics, nouveaux savoirs. L’enseignement professionnel agricole, à l’image du secteur, devra nécessairement évoluer pour perdurer et maintenir son attractivité et son excellence. Si une grande partie du travail échoit directement aux professionnels, les pouvoirs publics ont évidemment un rôle important à jouer.

À mes yeux, ils doivent prioritairement travailler sur deux axes.

Le premier axe concerne le développement de nouvelles formations. Il s’agit là, de faire preuve de plus de souplesse et de réactivité pour s’adapter plus rapidement aux évolutions du marché et aux besoins des acteurs économiques.

Ainsi, pour prendre un exemple issu de mon territoire, l’EPL Aggro de la Meuse a développé une formation en méthanisation en partenariat avec l’ENSAIA de Nancy. C’est une belle construction partenariale demandée et nécessaire pour les territoires et les professionnels.

Le second axe de travail concerne le renforcement des moyens consacrés à l’enseignement professionnel agricole. Il s’agit d’une contrepartie indispensable à l’accompagnement des mutations de notre agriculture, à sa diversification à sa quête de valeur ajoutée et surtout à la nécessité d’assurer le renouvellement des générations. Ce dernier point me semble essentiel quand on sait qu’un agriculteur sur 2 a plus de 55 ans. L’accueil de public hors cadre familial est donc indispensable pour assurer l’avenir de notre agriculture.

Investir dans l’enseignement professionnel agricole, c’est investir tout à la fois dans notre souveraineté alimentaire, dans la transition écologique et dans la cohésion de nos territoires.

En ce début de XXIe siècle, alors que l’humanité fait face à de nouveaux défis, je crois qu’il est essentiel de nous souvenir du message de Mathieu de Dombasle : l’enseignement agricole est avant tout un enjeu de transmission, pour lequel l’humain joue un rôle central.

Dans cette optique, l’enseignement professionnel agricole doit contribuer à ce que notre société renoue un lien apaisé avec son agriculture qui en a bien besoin actuellement.

Seul le prononcé fait foi


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