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Claude MALHURET - Débat sur la réforme des retraites


M. le Président,

M. le Ministre,

Mes chers collègues,


Bismarck disait : « les lois c’est comme les saucisses, il vaut mieux ne pas savoir comment elles sont préparées ». Mais les français ne sont pas comme Bismarck, ils préfèrent le savoir. Et nous, parlementaires, encore plus. D’où l’utilité de ce débat, Monsieur le Président de la Commission des Affaires Sociales.


Lorsqu’un gouvernement décide une réforme des retraites, Monsieur le Ministre, on sait d’avance qu’il y aura des bosses sur la route. En France la réforme porte en elle la grève comme la nuée l’orage. Notre pays est donc reparti pour une nouvelle crise de nerfs, énième tentative de remake de 1789, qui menace désormais de se renouveler tous les ans. Vous avez les grèves et les manifs, comme Juppé en 95, comme Raffarin en 2003, comme Villepin en 2006, comme Fillon en 2010, comme El Khomri en 2016, comme Macron l’an dernier. Enfin un sport où nous sommes champions du monde incontestés !


Marx disait que l’histoire se répète, la première fois comme une tragédie, la deuxième fois comme une farce. Mais au 25ème épisode, ça n’est plus une farce, c’est carrément une série Netflix. Et en l’occurrence une mauvaise.


Les grèves, c’est long, surtout vers la fin, et surtout pour ceux qui les subissent. Mais les bloqueurs se moquent de ceux qui les subissent. Et voilà comment le pays est aujourd’hui en marche, mais en marche arrière et comment depuis un mois les français sont en marche, mais en marche à pied.


Au moment où, dans le calme, nos voisins européens ont tiré les conséquences de l’allongement de la vie en instaurant la retraite à 65 ans, en France, les démagogues du Rassemblement anti-national, de la France soumise à Cuba et de la CGT proposent la retraite à 60 ans. Pour eux l’argent public c’est comme l’eau bénite, tout le monde se sert. Mais à part eux, tous les français savent que la réforme est inéluctable. Déséquilibre démographique, déficit structurel, inégalités criantes sont une épée de Damoclès sur les retraités et les futurs retraités dans un pays où le système coûte 14% du PIB contre 10% en moyenne en Europe.


Une majorité de nos concitoyens sont plutôt favorables à l’universalité du nouveau système, aux mesures en faveur des femmes, des agriculteurs, des titulaires de petites retraites ou de carrières hachées, à la suppression des régimes spéciaux pour lesquels les français qui partent en retraite en moyenne à 63 ans et demi payent 8 milliards pour que d’autres partent à 52 ou 57 ans.


Alors pourquoi une telle confusion aujourd’hui ? Pas seulement parce que nous sommes, dit-on, des « gaulois réfractaires ». Ni même parce que la CGT a pour devise : « Je bloque donc je suis ».


Mais aussi parce que le service après-vente a connu des ratés. Le gouvernement a réussi à rassembler, mais hélas contre lui, en suivant une ligne droite qui a beaucoup zigzagué. Je ne lui jette pas la pierre puisque, comme je le disais, chaque réforme depuis 50 ans met des centaines de milliers de gens dans la rue et personne n’a jamais trouvé la recette pour l’éviter, mais nous aimerions quelques clarifications.


Notre première inquiétude, c’est de voir à chaque étape de la négociation, augmenter la facture. Nous voudrions connaître le chiffrage exact de l’augmentation des dépenses publiques induite par toutes les mesures nouvelles annoncées chaque jour. Bien sûr que le Premier Ministre a raison de refuser la distinction purement fictive entre réforme systémique et réforme paramétrique. Le système doit être équilibré sur le long terme et il doit l’être sur le court terme, c’est une évidence. Age pivot ou augmentation pure et simple de l’âge de départ, c’est un débat assez académique à mes yeux. Je crains seulement que dire qu’on va faire cette réforme en l’équilibrant grâce au seul âge pivot, et a fortiori sans lui, c’est comme prétendre qu’on va faire rentrer un édredon dans une valise. Il va falloir nous expliquer comment.


Deuxième inquiétude, les concessions qui s’accumulent à chaque rencontre avec les partenaires sociaux et qui ont abouti dans les faits au maintien de plusieurs régimes particuliers, souvent justifiés, sont-elles terminées ? Ou bien va-t-on, à travers les mesures de compensation demandées à la RATP et à la SNCF, les faire payer par des entreprises qui cumulent la sous-rentabilité, le surendettement, l’effondrement de la qualité des services rendus et le sous-investissement ? Visitez les toilettes, dans l’Intercités de 50 ans, je dis bien 50 ans, que je prends chaque semaine, vous vous demandez à quel moment on a fait un looping.


Enfin, beaucoup de gens attendent une réponse précise sur le devenir des 130 milliards d’excédents des régimes autonomes. Si ces réserves, fruit de l’épargne et d’une bonne gestion devaient devenir la variable d’ajustement d’une facture trop lourde, j’ai peur que beaucoup de gens qui vous sont plutôt favorables deviennent quelque peu courroucés.


Monsieur le Ministre, cette réforme est indispensable et il faut savoir gré au gouvernement de l’avoir lancée. Nous souhaitons pouvoir la voter, comme le Sénat en a voté d’autres depuis deux ans, sur le Code du travail, l’école ou le statut des cheminots. Mais notre grande question à ce stade, c’est : quelle réforme exactement ? Vous l’avez compris, nous voulons savoir comment sont fabriquées les saucisses, mais nous souhaitons aussi qu’à la sortie elles ne soient pas saucissonnées.

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