Claude MALHURET : Projet de loi confortant le respect des principes de la République

30 mars 2021


Projet de loi confortant le respect des principes de la République

Madame la Présidente,

Messieurs les Ministres,

Mes chers Collègues,


En 1937 Jean Zay, Ministre de l'instruction publique du Front populaire, rédigeait la circulaire suivante : « Je vous prie de veiller à ce que soient respectées les instructions interdisant tout port d'insignes politiques ou de propagandes confessionnelles. L'enseignement public est laïque. Aucune forme de prosélytisme ne saurait être admise dans les établissements. »

Une simple circulaire pour faire respecter la laïcité. Aujourd’hui il faut une loi pour s’opposer à la contestation des principes républicains.

Que s’est-il passé depuis Jean Zay et depuis Clemenceau, Monsieur le Président Kanner pour que nous en arrivions là ?


Au début des années 80 sont nés deux mouvements de jeunes antiracistes. France Plus, le premier avait pour mot d’ordre l’intégration républicaine. Son slogan : « Nous voulons le droit à la ressemblance ». Le second, SOS Racisme, proposait le multiculturalisme. Abreuvé de subventions, surmédiatisé par tous les relais du jacklanguisme triomphant, il fit une entrée fracassante dans le paysage politico-journalistique. France plus, privé de tous moyens, disparut.


Quarante ans plus tard et de nombreux territoires perdus depuis par la République, la rengaine multiculturelle est partout. Le victimisme est devenu la base d’un discours qui aboutit, sous prétexte de tolérance, à laisser chacun à la discrétion de sa communauté et surtout des plus intégristes en son sein. Chaque jour montent un peu plus le communautarisme et, dans une certaine sous-intelligentsia universitaire, les discours délirants de l’indigénisme, de la racisation ou du décolonialisme.


Les appels à la haine de soi viennent de loin. En 1961, alors que l’Afrique noire venait d’accéder à l’indépendance et que les accords d’Evian allaient être signés, Sartre écrivait : « Abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre ». Cinq ans plus tard c’est à Normale Sup qu’est apparu le spectacle effarant, au moment où le grand bond en avant chinois faisait 50 millions de victimes, de centaines d’étudiants brandissant frénétiquement le ridicule petit livre rouge, pendant qu’à Pékin des millions de chinois étaient forcés, eux, de le faire sous peine de mort.


« Un sot instruit est plus sot qu’un sot ignorant » disait Molière. Aujourd’hui c’est des Facultés de Sciences humaines que de pâles copieurs de campus américains devenus fous nous proposent la version 21ème siècle de l’extrémisme déjanté. Après l’apologie du stalinisme, du trotskisme, du maoïsme, du tiers-mondisme, de l’altermondialisme, du collaptionisme, voici venir l’éternel retour du même sous la forme de l’indigénisme et de l’islamo-gauchisme.


Frédérique Vidal a eu le mérite de nommer l’éléphant que personne ne voulait voir dans les locaux universitaires. Mais quelle idée d’en proposer l’étude au Président du CNRS, mathématicien, mais dont la compétence s’étend manifestement bien au-delà de sa spécialité, qui écrivait, dans la préface d’un livre intitulé « Sexualité, identité et corps colonisés » je cite : « La race devient la nouvelle grille de lecture du monde, sur laquelle s’inscrit la grille du genre. Dans une société non métissée, le social et le genre dominent, mais dans l’espace interracial, le social s’efface derrière le racial. » Le Président du CNRS…

C’est un peu comme si l’on confiait au cow-boy Marlboro une enquête sur les méfaits du tabac.


Il a répondu à la Ministre, que l’islamo-gauchisme n’est pas une réalité scientifique. Un peu bizarre pour un concept forgé en 2004 par Pierre André Taguieff, Directeur de recherche au CNRS. Pour le Président du CNRS d’aujourd’hui en revanche le « racisme d’Etat », le « privilège blanc », la « culture du viol », la « fluidité identitaire » semblent être le nec plus ultra des concepts scientifiques. On attend impatiemment les résultats de l’enquête.


Est-ce que c’est « islamo » ou est-ce que c’est « gauchisme » que l’éminent scientifique a du mal à comprendre ? C’est pourtant simple. Islamo, c’est la contraction d’islamisme. Gauchisme c’est gauchisme. Islamo-gauchisme, c’est quand le gauchisme fricote avec l’islamisme. The place to be le 10 novembre 2019, c’était la marche organisée par le Comité contre l’islamophobie en France, dissous depuis par le Ministre de l’Intérieur, Monsieur le Ministre, pour cause d’islamisme, à laquelle participaient entre autres la France insoumise, le NPA, Benoit Hamon, et bien sûr l’UNEF, le syndicat qui n’aime pas les blancs. Au sujet de l’UNEF, le professeur Mélenchon, souvent dans l’erreur mais jamais dans le doute, vient d’écrire sur son blog, mardi dernier : « Défendre l’UNEF, c’est lutter contre l’obscurantisme » sans commentaire.


Cette manifestation maigrelette fut pourtant un évènement considérable parce qu’elle a consacré la fracture de deux gauches. D’un côté la gauche restée fidèle à ses idéaux laïques et Républicains, inflexible sur la mise à distance des assignations identitaires, de l’autre la gauche des idiots utiles de l’islamisme qui espèrent enrôler les musulmans dans leur combat intersectionnel, dont pourtant la quasi-totalité des musulmans ne veut pas.


On pourrait penser que je me réjouis de cette fracture, qui risque d’assurer à la gauche de longues vacances. Mais je ne me réjouis pas, car avec la pression croissante de l’islamisme et du communautarisme, l’unité nationale autour de nos principes est cruciale. Et dans cette guerre des deux roses, j’ai peur que la dynamique et le battage médiatique ne soient pas, hélas, du côté de ceux qui défendent la laïcité, d’autant qu’avec cette question préalable, il semble avoir un petit coup de mou cet après-midi.


Il est plus que temps de s’attaquer à la montée des séparatismes, des fondamentalismes, des projets antirépublicains. C’est ce que vous nous proposez aujourd’hui et il n’y a pas de raison de ne pas vous suivre. Mais vous le savez, Messieurs les Ministres, il y faudra beaucoup plus qu’une loi. Il y faudra une volonté. C’est sur elle que vous-même, votre gouvernement et nous-mêmes parlementaires serons jugés.

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