Claude MALHURET : Question à M. Edouard PHILIPPE sur la Réforme des retraites

Mis à jour : janv 9



M. le Premier Ministre,


Ma formule dans le débat d’hier sur « La France en marche arrière et les français en marche à pied » visait, bien sûr, ceux qui depuis plus d’un mois paralysent le pays. Chaque jour qui passe démontre à quel point ceux qui prétendent défendre les français et le service public se moquent des obligations et de la réputation du service public et de la détresse des français, surtout les plus fragiles.


Au moment où, dans le calme, nos voisins européens ont tiré les conséquences de l’allongement de la vie en reculant l’âge de la retraite, en France, les démagogues d’extrême droite et d’extrême gauche proposent la retraite à 60 ans. Pour eux l’argent public c’est tous les chakras ouverts, tout le monde peut se servir. Mais les français savent que la réforme est inéluctable. Déséquilibre démographique, déficit structurel, coût des régimes spéciaux, sont une épée de Damoclès sur nos retraites dans un pays où le système coûte 14% du PIB contre 10% en moyenne en Europe.


Au fur et à mesure des discussions, on voit bien que l’enjeu porte sur un sujet principal, celui de l’équilibre, donc de la pérennité du système français de retraites.


Vous avez raison, Monsieur le Premier Ministre de refuser d’entrer dans la distinction purement rhétorique entre réforme systémique et réforme paramétrique. La réalité est bien plus simple : Le système doit être équilibré sur le LONG terme ET il doit l’être sur le COURT terme, c’est tout. Age pivot, augmentation de l’âge de départ ou conférence de financement, nous concevons tous qu’on puisse discuter des modalités. Mais penser que la réforme va s’équilibrer toute seule, surtout avec l’augmentation de la facture à chaque rendez-vous avec les partenaires sociaux, c’est comme prétendre qu’on va gagner un marathon avec des chaussures de ski.


Vendredi prochain sera, nous dit-on, le jour de l’épreuve de vérité. Etes-vous déterminé, Monsieur le Premier Ministre, à aborder ce rendez-vous en tenant le nécessaire langage de vérité sur l’équilibre financier de nos retraites ?


M. Édouard Philippe, Premier ministre

Avant de répondre, permettez-moi de souhaiter à tous les membres du Sénat une excellente année 2020.


Monsieur le président Malhuret, je serai tenté de vous répondre par un seul mot : oui. C'est un peu court, jeune homme !, me direz-vous. (Sourires)


Oui, la question de l'équilibre est légitime et c'est une exigence que nous devons poser. Avec ses 42 régimes, notre système actuel est fondé - et c'est heureux - sur la répartition, c'est-à-dire sur la solidarité entre générations, au sein d'un régime et parfois avec d'autres régimes.


C'est ce système qui nous donne le plus faible taux de pauvreté chez les retraités en Europe. Nous voulons évidemment préserver cela.


Mais la solidarité est le contraire de l'irresponsabilité. Il serait peu solidaire que les actifs actuels laissent leurs enfants payer leurs pensions et la dette. L'équilibre est, en soi, un objectif de solidarité et de responsabilité.


Dans toutes les grandes démocraties occidentales, on a retardé l'âge de départ à la retraite, parce que le ratio actifs/retraités se modifie, que l'espérance de vie augmente. C'est le cas en Belgique, en Allemagne, au Royaume-Uni, en Italie... Toucher au système de retraite suscite toujours de l'émotion, mais tous ces pays ont réussi à le faire, alors qu'en France, depuis très longtemps, chaque tentative se heurte à une émotion et une mobilisation considérables.


Ceux qui critiquent notre projet critiquaient les réformes antérieures qu'ils défendent aujourd'hui. Nous voulons un système universel, équitable et responsable. (Protestations et rires sur les travées de gauche et de droite)


C'est un élément de justice et d'efficacité, mais aussi une adaptation à la réalité, car de plus en plus les carrières professionnelles sont variées, diverses, parfois hachées. Un système universel par points et par répartition prendra bien mieux en compte cette diversité.


Le projet de loi sera présenté prochainement en conseil des ministres, puis examiné à l'Assemblée nationale fin février et au Sénat en avril : la discussion sera dense et riche ; je l'attends avec impatience. (Applaudissements sur les travées du groupe LaREM et sur quelques travées du groupe UC)

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