Colette MÉLOT : Débat à la suite du Conseil européen des 10 et 11 décembre

15 décembre 2020


Débat à la suite du Conseil européen des 10 et 11 décembre

Madame la Présidente,

Monsieur le Ministre,

Mes chers Collègues,


L’année 2020 a été éprouvante pour l’ensemble de la planète. Elle l’a été pour l’Union européenne à plusieurs niveaux et je me réjouis des nombreuses avancées actées jeudi et vendredi derniers lors du Conseil européen.


A l’heure où l’Agence européenne du médicament doit donner son autorisation de mise sur le marché pour les vaccins contre la Covid-19, je salue la conclusion de contrats d’achats anticipés par la Commission européenne ainsi que les volontés toujours plus grandes de coordination. Il est important que les peuples européens puissent avoir accès aux vaccins en même temps, et qu’ils soient bien informés.


La coordination doit s’intensifier dans les domaines des tests, mais aussi des certificats de vaccination. La santé au sein de l’Union européenne ainsi que le partage d’expériences et d’informations doivent être plus intégrés.

Je plaide pour une Union de la santé dont nous devons définir ensemble les contours pour qu’elle soit efficace et parfaitement complémentaire avec les systèmes nationaux. Les conclusions du Conseil européen sur ces sujets vont dans le bon sens.


L’autre point positif dans ces conclusions : l’accord obtenu sur l’objectif de réduction de 55 % des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2030. C’est une étape importante vers la neutralité carbone de l’Union européenne pour 2050. Nous sommes conscients de l’effort que cela représente pour plusieurs pays membres très dépendants du charbon, c’est pourquoi un accord sur un objectif commun était si important.


En 1950, Robert Schuman nous proposait de créer la Communauté européenne du charbon et de l'acier. Point de départ de la fabuleuse histoire de l’Union. Quel plus bel hommage que de faire de la sortie du charbon un nouvel objectif commun aux européens ? C’est un beau clin d’œil de l’histoire au nouveau chapitre que nous ouvrons.


Les États membres ont aussi décidé de renforcer les restrictions et sanctions envers la Turquie en réponse à ses actions provocatrices. Missionner Josep Borrell pour faire un état des lieux de la relation entre la Turquie et l’Union européenne me semble être un bon début. Mais dans ce cas de figure, je voudrais souligner que l’Europe doit être flexible et agile pour répondre efficacement et rapidement aux situations qui peuvent la déstabiliser. Nous devons protéger nos territoires, nos valeurs et nos citoyens. N’est-il pas temps de se doter d’une vision commune dans notre politique extérieure et les moyens à notre disposition ?


Enfin, impossible de ne pas évoquer la levée du véto de la Pologne et de la Hongrie à notre budget et notre plan de relance européen. L’Union n’a pas cédé sur le respect de l’état de droit et c’est heureux ! Les peuples européens ne nous auraient pas pardonné ce coup de canif à nos valeurs.


Mais, j’aimerais noter que l’Union européenne a su faire preuve encore une fois de compromis et d’unité face à la crise. Il était important, toutefois, de répondre aux appréhensions de certains États. En ce sens, la caution qu’apporte la Cour de justice et son rôle dans le mécanisme de l’état de droit sont satisfaisants. Aucun peuple ne sera laissé de côté dans la relance et dans les transitions des prochaines années. C’est bien là le principal.


L’Union européenne a besoin de regarder vers l’avenir maintenant. Une seule étape reste à franchir en cette année 2020. C’est bien sûr celle du Brexit. Tout le monde serait perdant en cas de No Deal. Nous espérons toujours un accord qui respecte nos valeurs et nos intérêts. Mais ces discussions ne peuvent pas durer au-delà de 2020. L’Union européenne doit se concentrer sur son avenir et avancer.


Les conclusions du Conseil européen sont positives. Laissez-moi l’être à mon tour pour conclure. Les Européens ont une histoire et des valeurs en partage. Ce rêve ardent dont parlait le Président Valéry Giscard d’Estaing reste d’actualité. Nous devons reprendre le flambeau et perpétuer son désir d’Europe avec notre jeunesse, force immense, innovante et créative. Ce grand européen était un défenseur du siège strasbourgeois du Parlement européen. Marchons dans ses traces.


Valéry Giscard d’Estaing ne s’était pas trompé quand il nous a enseigné qu’il ne fallait pas seulement consulter les Européens mais les associer. Je crois fortement en cette affirmation. C’est pour cela que la conférence sur l’avenir de l’Europe doit être le rendez-vous des Européens. Nos appuis sont solides, nous devons décider ensemble d’un cap.


Les dernières crises européennes nous ont montré que parfois nous ne regardons pas tous dans la même direction. C’est un fait. Tirons-en les enseignements nécessaires. L’Europe a toujours dansé au bord de l’abîme, apprenons-lui à vivre plutôt qu’à survivre.


Le Président Valéry Giscard d’Estaing et le Chancelier Helmut Schmidt nous ont demandé de réussir à réaliser le rêve européen. Faisons de cette exigence notre avenir.

Je vous remercie.

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