Corinne Bourcier - Réparer les préjudices causés par la transplantation de mineurs de La Réunion
- 17 juin
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Dernière mise à jour : 18 juin
16 juin 2026
Proposition de loi visant à réparer les préjudices causés par la transplantation de mineurs de La Réunion en France hexagonale de 1962 à 1984 - Dossier législatif
SEUL LE PRONONCÉ FAIT FOI
Monsieur le Président,
Madame la Ministre,
Madame la Rapporteure,
Mes chers collègues,
La reconnaissance d’une injustice est toujours le premier pas vers sa réparation.
Dans l’affaire des enfants de la Réunion, transplantés en France hexagonale, un premier devoir de reconnaissance a été accompli en 2014 lorsque l'Assemblée nationale a reconnu la responsabilité morale de l'État. Mais si cette reconnaissance était indispensable, elle ne saurait suffire au regard des souffrances subies par les victimes.
Nombre de ces enfants ont été confrontés à des violences physiques, psychologiques, et/ou sexuelles. Certains n’ont jamais réussi à surmonter ces traumatismes et ont mis fin à leurs jours. Je pense notamment au témoignage de Marlène Ouledy, transférée en France hexagonale à l'âge de 9 mois, qui évoque une enfance marquée par les coups et la maltraitance et qui déclare avoir été, je cite : “élevée à coups de poing”.
Les agents de la DDASS faisaient parfois croire à des familles réunionnaises que leurs enfants partaient vers l’Hexagone pour bénéficier d’un avenir meilleur et poursuivre des études. Beaucoup ont été, en réalité, arrachés à leur environnement, à leur culture et à leur famille, avant de reconnaitre l’abandon, l’isolement ou les mauvais traitements.
L'État porte, dans cette affaire, une responsabilité particulière puisque ces transferts ont été organisés par les pouvoirs publics eux-mêmes. Or, lorsqu’une responsabilité publique est reconnue, elle appelle nécessairement des mesures concrètes. La République se doit d’être exemplaire.
Une démocratie forte est une démocratie capable de regarder son histoire en face, de reconnaitre ses fautes et d’en tirer les conséquences. Si la République exige de ses citoyens le respect du droit, elle doit elle-même assumer ses responsabilités lorsqu’elle a failli.
La réparation des préjudices subis par les enfants de la Réunion s'inscrit dans notre tradition républicaine de responsabilité et de justice. Notre pays a déjà su reconnaitre d’autres injustices historiques. Il doit aujourd’hui poursuivre ce chemin de vérité.
Winston Churchill disait : « Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre. ». Pour accomplir le devoir de mémoire du mieux que nous le pouvons.
C’est précisément l’ambition de la proposition de loi qui nous est soumise.
La première mesure prévoit la création d’une commission pour la mémoire des anciens mineurs de la Réunion transplantés en France hexagonale.
Cette instance ne doit pas être une simple formalité administrative. Elle doit devenir un véritable espace de vérité et de recueil de la parole des victimes.
Sa mission sera de documenter avec précision les faits, avec des archives et des témoignages, mais également de transmettre cette histoire aux générations futures afin que ces évènements trouvent toute leur place dans notre mémoire collective.
L’ article 2 instaure une journée nationale d’hommage fixée au 18 février.
En inscrivant cette date dans notre calendrier républicain, nous affirmons que cette histoire fait pleinement partie de l’histoire de la nation et qu’elle ne doit jamais être oubliée.
Enfin la proposition de loi prévoit la création d’une allocation forfaitaire destinée aux anciens mineurs transplantés ou à leurs ayants droit. Cette mesure est essentielle. Elle ne prétend pas effacer les souffrances vécues, ce qui serait impossible, mais elle constitue un geste concret de reconnaissance et de réparation.
Cette indemnisation participe d’une logique de justice et de dignité. Elle permet à la République de prendre sa part de responsabilité, et d’apporter un soutien tangible aux victimes, souvent confrontées à des situations de précarité ou de reconstruction difficile.
Pour toutes ces raisons, nous soutenons la volonté de la Commission de réparer les préjudices causés aux mineurs de La Réunion transplantés en France hexagonale de 1962 à 1984. Face à une faute reconnue de l'État, l’absence de réparation serait incompréhensible. Elle fragiliserait la confiance que nos concitoyens placent dans les institutions de la République.
Parce qu’il est de notre devoir de reconnaitre, de transmettre et de réparer, les sénatrices et sénateurs du groupes Les indépendants soutiendront ce texte.
Je vous remercie.




