Jérôme BIGNON : Débat sur la situation et le rôle de l'OTAN et sur la place de la France en son sein

Mis à jour : il y a 16 heures


Monsieur le Président,

Monsieur le Ministre,

Mes chers collègues,


L’ambiance aurait pu être plus chaleureuse pour le 70ème anniversaire de l’Otan, qui s’est achevé par le départ anticipé du Président Trump.


La formule de mort cérébrale utilisée par Emmanuel Macron visait probablement à provoquer un débat : voilà qui est chose faite.


La stratégie de l’alliance a semblé traverser ces derniers temps quelques flottements. Les comportements de certains membres ont pu paraître équivoques.


Dès le début de son mandat, Donald Trump s’est plaint de la trop faible contribution des européens à l’effort de défense. Il a lui-même jugé l’alliance obsolète et évoqué en privé la possibilité du retrait des États-Unis.


De son côté, la Turquie a provoqué l’incompréhension de ses alliés en achetant des systèmes de défense anti-aérienne S-400 à la Russie de Poutine. De même qu’en menant une offensive unilatérale contre les kurdes de Syrie, qui ont été les partenaires des États-Unis et de la France contre le djihadisme au Levant.


Erdogan a même indiqué que la reconnaissance, par les alliés, du caractère terroriste de la milice kurde YPG, constituait un préalable à toute discussion de plans de défense de l’OTAN.


Ces quelques dissensions ne sont pas surprenantes au sein d’une organisation qui peine à réinventer sa raison d’être. L’Otan est née à une époque où les États-Unis souhaitaient assurer la défense de l’Europe contre le péril soviétique.


Mais en 70 ans, la donne a pas mal changé : l’Union Soviétique a disparu, et les États-Unis ne veulent plus assurer la défense de l’Europe.


Le réveil est forcément rude pour ceux qui ont engrangé les dividendes de la paix sans payer le prix de leur défense. Car si l’Europe cesse d’être une priorité pour les États-Unis, les menaces qui pèsent sur le continent n’ont pas cessé d’exister et de nouvelles sont apparues.


Il faut se rappeler que cette alliance n’a pas la même signification que l’on soit à Paris ou à Tallinn. Nous ne faisons pas tous face aux mêmes menaces, et nous ne disposons pas tous des mêmes moyens. L’Otan représente toujours pour de nombreux États européens la meilleure protection de leur souveraineté.


A l’heure actuelle, l’Europe n’est pas en mesure d’assurer elle-même sa défense. Ce constat est forcément amer pour les européens convaincus que nous sommes. Nous avons cependant tous le même objectif ; celui de voir l’Europe protégée.


L’Otan a démontré ses capacités en assurant la sécurité de notre continent durant des décennies. Elle les démontre encore par les opérations et les exercices qu’elle conduit. Elle a permis de développer un haut niveau de coopération entre ses membres.


Cependant l’alliance doit continuer de s’adapter aux changements de réalités géopolitiques. Le dernier sommet nous a appris qu’elle avait la volonté de traiter le djihadisme comme une menace prioritaire.


Il faudra que cette volonté se transforme en actes. La France est pour l’instant bien seule à lutter au Sahel : c’est elle qui paie le prix du sang, alors qu’il s’agit de la sécurité du continent africain, mais aussi de celle de l’Europe.


La menace djihadiste n’est pas le seul changement à prendre en compte.


Nos alliés américains poursuivent leur désengagement de l’Europe et du Moyen-Orient. Les européens n’ont donc pas d’autre choix que de devenir plus autonomes. Le Président de la République l’a affirmé dans son discours de la Sorbonne, il y a maintenant plus de deux ans.


Si une défense européenne forte n’a pas encore émergé, c’est bien davantage en raison de l’absence de volonté politique des États membres, qu’en raison de l’existence de l’Otan.


Les mentalités semblent changer. Différents projets industriels européens voient le jour et les États européens augmentent leur budget de défense. Même si les choses ne vont pas aussi vite que nous pouvons le souhaiter, elles avancent tout de même.


L’Otan peut participer à la naissance d’une défense européenne. Cette alliance nous a déjà appris que nous pouvons travailler efficacement ensemble.


Tant que les membres de cette alliance partagent les mêmes valeurs et poursuivent les mêmes objectifs, il ne semble pas opportun de s’isoler.


Quid de la Turquie ?

La Turquie n’est pas Erdogan ; et Erdogan ne sera pas éternellement au pouvoir.


L’Europe a besoin de son allié turc. Elle a surtout besoin de parler d’égal à égal avec les puissances régionales. Elle doit pour cela s’unir.


La place de la France dans l’Otan doit être la même que celle qu’elle occupe dans l’Union : être le moteur de l’unité européenne, de sa prospérité et de sa sécurité.


Seul le prononcé fait foi

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