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Jean-Pierre DECOOL : PJL Restitution de biens culturels aux Républiques du Bénin et du Sénégal


Monsieur le Président,

Madame la Ministre,

Monsieur le Président de la Commission de la Culture

Madame la Rapporteure,

Mes Chers collègues,

Le Président de la République a annoncé y a 3 ans lors de son discours à l’université de Ouagadougou vouloir restituer de façon temporaire ou définitive les œuvres d’art africain des collections publiques françaises aux pays africains dont sont issues ces œuvres. Dans cette perspective, il a confié à deux chercheurs, Felwine Sarr et Bénédicte Savoy, le soin de réaliser un rapport sur la restitution du patrimoine africain. Celui-ci se présente comme un plaidoyer en faveur d’une restitution massive au nom de la repentance politique du patrimoine africain présent dans les collections publiques françaises. Sont visées les œuvres acquises « en l’absence de consentement des populations locales », « par la violence, la ruse ou dans des conditions iniques ». Le rapport prévoit également la restitution des pièces saisies lors de conquêtes militaires, collectées lors de missions scientifiques ou par des agents de l’administration coloniale, ainsi que le retour des œuvres issues du trafic illégal après 1960.

La France présente près de 90 000 œuvres d’art africain dans ses collections publiques, dont les 2/3 au sein des collections du Musée du Quai Branly. La remise du rapport au Président de la République, le 23 novembre 2018, a été l’occasion pour ce dernier d’annoncer la restitution de 26 œuvres conservées actuellement au musée du Quai Branly (statues de l’homme requin ou du roi Ghézo notamment) et réclamées depuis 2016 par la République du Bénin. Il s’agit du trésor du Béhanzin saisi comme butin de guerre en 1892 lors de la prise du palais d’Abomey par les troupes du Général Dodds. De la même façon, le 17 novembre 2019, Édouard Philippe s’est engagé à restituer au Sénégal le sabre d’El Hadj Omar, fondateur de l’empire Toucouleur et guide spirituel de la plus grande confrérie soufie du Sénégal, tiré des collections du Musée des armées mais déjà confié au musée de Dakar pour une durée de cinq ans.

Si le texte présenté replace sur le devant de la scène la difficile question de la restitution des œuvres d’art africain. De nombreux conservateurs dénoncent une position manichéenne présentée par le rapport susmentionné, arguant que « les musées ne doivent pas être otages de l’histoire douloureuse du colonialisme » et s’alarment du préjudice pour les collections publiques, vitrine de l’art africain en Europe. Les risques liés à de mauvaises conditions de conservation sont bien réels, tout comme les risques de vol ou de malversation dans des sociétés marquées par une forte corruption et une faible implication des autorités publiques dans les politiques patrimoniales. L’artiste Romuald Houzoumé dénonçait en 2016 une « culture béninoise à l’abandon », le délabrement des musées de son pays et les nombreux vols subis. Il qualifiait la restitution du trésor royal de fausse bonne idée dans la mesure où le pays n’aurait pas les moyens et la volonté de protéger et valoriser ces œuvres. A l’image du grand sabre sacré volé en 2001 au sein même du palais royal d’Abomey, les vols, incendie et l’absence de qualification du personnel rendent les conditions d’accueils des œuvres actuellement conservées au Musée du Quai Branly difficiles. Le financement d’une autre structure, le Musée de l’épopée des amazones et des rois du Dahomey par un prêt de 12 millions d’euros de l’AFD devrait permettre de remédier à ce problème.

Pour autant, la dimension symbolique de réparation mémorielle et de réappropriation patrimoniale est indéniable, sans oublier la dimension économique de l’attractivité touristique que représente ces restitutions. Il apparait légitime de favoriser l’accès au patrimoine historique et culturel de la jeunesse africaine, source d’inspiration pour la création et de compréhension de son héritage culturel.

Nous soutiendrons ce projet de loi. Nous considérons aussi que de nouvelles formes de partenariat sont à imaginer, de nombreuses combinaisons sont possibles en matière d’engagements mutuels sur la formation des conservateurs, la valorisation, la protection des œuvres d’art qui, bien qu'issues d’un pays, d’une région, d’un peuple, représentent une richesse culturelle au rayonnement plus vaste, à la résonnance internationale, qui appartient à l’humanité dans son ensemble.

Les musées du monde entier témoignent de l’universalité de l’art, dont le propre est bien de dépasser les langues, les civilisations, les frontières et de rapprocher les peuples.

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