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Pierre-Jean ROCHETTE : Débat 50-1 sur les partenariats entre la France et les pays africains

Déclaration du Gouvernement, suivie d'un débat, en application de l'article 50-1 de la Constitution, sur les partenariats renouvelés entre la France et les pays africains.

21 Novembre 2023

Madame la Présidente,

Madame la Ministre,

Monsieur le Ministre,

Mes chers Collègues,


Au mois de février dernier, le Président de la République affirmait que « Nous avons un destin lié avec le continent africain. » Les États africains sont confrontés à d’immenses défis. S’ils ne trouvent pas de solutions, la France et l’Europe en subiront aussi les conséquences.


Les effets du dérèglement climatique ne font que commencer à se faire sentir. Ils aggraveront sans nul doute les crises auxquelles ces pays font déjà face.


Avec une abondance de terres arables et de minerais, le continent africain dispose de solides atouts.

Pourtant, la majorité des économies africaines connaît une croissance économique insuffisante. Parfois tragique, cette situation ne peut nous satisfaire.


Les causes sont multiples mais l’absence de sécurité est un facteur clef. Elle décourage bien sûr les investisseurs, aussi bien locaux qu’étrangers. Elle entraîne également les surcoûts qui nuisent à la rentabilité, qu’ils soient liés au besoin de protection ou bien à la réparation des dégradations.


A cela s’ajoute le caractère très perfectible des réseaux d’infrastructures. Encore dégradés par l’insécurité, ils pèsent eux aussi sur la croissance économique.


Les pays européens, dont bien entendu la France, entretiennent des relations particulières avec les pays africains. Pour des raisons historiques mais aussi géographiques, nous devons veiller à les préserver et à les améliorer.


Le renouveau de nos relations a été engagé par le Président de la République au début de cette année. Nous nous félicitons de ses orientations.


D’abord, parce que cette évolution était plus que nécessaire. La France a fortement œuvré pour la sécurité du continent, particulièrement dans la bande sahélo-saharienne. 53, malheureusement, de nos soldats sont tombés au cours de ces combats et bien d’autres ont été blessés. Nous n’oublions pas leur sacrifice et nous rendons hommage à leur engagement, en ayant une pensée pour leur famille.


Notre pays a été bien mal récompensé de ses efforts. Succombant à des putschs alimentés par la désinformation russe, certains gouvernements ont demandé le départ de nos forces.


Ces revers ne signifient pas pour autant que nous devons nous désintéresser de la sécurité du continent africain. Nous restons convaincus qu’elle a des incidences directes sur la sécurité de la France et celles de nos partenaires européens.


Dans les pays avec lesquels nous continuons de travailler, il est nécessaire de réduire l’empreinte de nos forces afin d’éviter d’apparaître comme une force d’occupation, ce que nous ne sommes pas.


La France dispose d’une très longue expérience des conflits. Nous savons que la force militaire ne suffit pas à elle seule à les résoudre. Parvenir à des compromis politiques est nécessaire. Au plus près des forces locales et des populations, nous croyons que le développement de coopérations, y compris internationales, sera d’une grande efficacité pour y parvenir.


La France peut conseiller, elle peut contribuer, mais il ne lui revient pas d’assumer la sécurité du continent africain : cette tâche incombe nécessairement aux gouvernements locaux.


Dans le domaine économique, l’approche impulsée par le Président de la République nous semble également cohérente et pertinente.


Cohérente d’abord, car elle correspond aux travaux menés en matière d’aide au développement, abandonnant une démarche d’assistance pour aller vers celle de l’investissement constructif.


Pertinente ensuite, car les logiques de prédation nous apparaissent archaïques et inefficaces.


Avec ses méthodes, Pékin s’est proposé d’améliorer les infrastructures de plusieurs pays africains dans le cadre des nouvelles routes de la soie.


En ne demandant pas de contrepartie politique et en mettant à profit une main d’œuvre bon marché, les entreprises chinoises ont remporté bon nombre de contrats.


Le Sud prétendument global s’est quelque peu lézardé à la découverte des micros du siège de l’Union Africaine à Addis-Abeba construit par la Chine. Le piège de la dette chinoise a achevé de refroidir les angélismes.


Nous ne sommes pas pour autant dispensés de faire évoluer nos relations avec les pays africains. Elles présentaient des vulnérabilités qui ont été exploitées par nos rivaux.


Nos partenaires africains attendent légitimement d’être traités en égaux. Parallèlement, nous pensons que la France doit assumer de rechercher son intérêt, dans ses relations avec les pays africains tout comme avec d’autres partenaires.


Dans les années à venir, l’économie africaine sera l’un des principaux moteurs de la croissance mondiale.


Les défis de l’éducation, de la santé, ou encore de la transition énergétique, sont autant d’opportunités de développement pour nos entreprises. En s’attachant à des projets concrets et précis, ancrés au sein des sociétés civiles, nous pouvons faire progresser les deux économies de nos deux continents.


Nous conservons d’importantes marges de progression : moins de 5 % de nos importations sont destinées à l’Afrique. Elles n’ont pas progressé aussi vite que l’économie africaine dans son ensemble.


Réussir ces nouveaux partenariats implique d’accorder une attention particulière à l’information et notamment à la désinformation. Notre pays est régulièrement visé par des attaques dans le champ informationnel, elles portent une atteinte grave à notre réputation. Nos réussites sont insuffisamment mises en valeur alors que nous sommes aisément désignés coupables.


Le ministère des Armées en sait quelque chose. L’affaire du charnier de Gossi a fait l’objet d’une réponse rapide et adaptée. Elle rappelle que nous devons collectivement être très vigilants quant aux manipulations de l’information. Afin de mieux faire connaître ce que nous ferons et ce que nous faisons déjà, il nous faut développer nos capacités de communication.


L’audiovisuel qui bénéficie de fonds publics, doit travailler en ce sens, afin de ne pas laisser le champ libre à nos compétiteurs.


Dans la nouvelle ère qui s’ouvre, nous devons prendre garde à ne pas alimenter les rumeurs qui nous accusent de tenir un double discours. Nous devons continuer à soutenir la démocratie.


Celle-ci a d’ailleurs beaucoup progressé depuis les années 1970, lors desquelles la quasi-totalité des pays africains étaient autocratiques. Même lorsque les gouvernements s’écartent de la démocratie, nous souhaitons que la France continue de travailler avec les populations.


Accompagner le mouvement démocratique n’est pas seulement un impératif moral. C’est également une nécessité d’efficacité puisqu’il s’agit du régime de gouvernement le plus efficace à long terme.


Par des projets modestes, en lien avec la société civile, la France peut œuvrer pour son bénéfice et celui de ses partenaires.


Merci.

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