Franck MENONVILLE : Commémoration de la répression d’Algériens le 17 octobre 1961 à Paris

09 décembre 2021


Proposition de loi relative à la commémoration de la répression d’Algériens le 17 octobre 1961 et les jours suivants à Paris

Madame la Présidente,

Monsieur le Ministre,

Mes chers Collègues,


Le 17 octobre 1961, plusieurs dizaines de personnes sont mortes à Paris. Nous voulons saluer à cet instant leur mémoire. Pour comprendre ce qu’il s’est passé cette nuit-là et les jours suivants, nous devons nous souvenir de cette période sombre de notre histoire.


En effet, l’année 1961 a été une année de troubles pour une France qui était alors en guerre. Depuis 7 ans, la lutte armée pour l’indépendance de l’Algérie, colonisée depuis 1830, était en cours. La question de cette indépendance divisait profondément la France et notre société.


La violence et la terreur qui faisaient rage en Algérie, mais aussi en métropole, des viols, des mutilations, des tortures et des massacres sont perpétrés.


L’Organisation de l’armée secrète a été créée, l’OAS cette même année 1961. Cette organisation a fait plus d’un millier de morts tout au long de son existence. Son dirigeant, le Général d’armée Raoul Salan, sera en avril, l’un des quatre généraux à mener la tentative de coup d’État visant à conserver l’Algérie française.


Dans le même temps, le FLN mène des attaques violentes, tant en Algérie qu’en métropole. Les forces de l’ordre sont alors les cibles privilégiées de ces attaques.


Malgré ce climat de violence, le Général de Gaulle se prononce en faveur de l’indépendance de l’Algérie. Le 12 juillet 1961, il déclare, je cite, « la France accepte sans aucune réserve que les populations algériennes se constituent en un État entièrement indépendant. »


En dépit de cette déclaration sans équivoque, les violences continuent. Des attentats sont perpétrés, notamment à l’encontre des policiers. Dans ce climat de forte tension, le préfet de police, Maurice Papon, impose aux seuls algériens un couvre-feu à compter du 5 octobre 1961.


Le 17 octobre, une manifestation nocturne est organisée par le FLN bravant ainsi le couvre-feu. Des milliers de manifestants convergent vers différents points de la capitale. La répression est brutale, sanglante. D’après les chiffres officiels, plusieurs dizaines de manifestants sont tués. La dépouille de certains est jetée dans la Seine. Davantage encore ont été blessés. Ces crimes sont bien sûr inexcusables. Il importe toutefois de les replacer dans le contexte dans lequel ils se sont produits.


En 2012 et en 2018, les Présidents de la République François Hollande puis Emmanuel Macron ont rendu hommage à la mémoire des victimes et ont reconnu la responsabilité de notre République.


Plusieurs Sénateurs du Groupe socialiste nous invitent aujourd’hui à voter une proposition de loi visant à reconnaître la responsabilité de la France dans la répression sanglante de cette manifestation. Il semble pourtant que les deux Présidents de la République ont déjà satisfait cette demande.


Nos collègues proposent également d’organiser chaque 17 octobre une commémoration officielle rendant hommage aux victimes. Cette proposition pose nécessairement la question de savoir pourquoi commémorer cet épisode plutôt que d’autre. Cette guerre, comme toutes les guerres, ne manque hélas pas d’évènements tragiques. Faut-il les commémorer tous, au risque de banaliser ces commémorations ?


Nous croyons que notre devoir aujourd’hui est de nous tourner vers l’avenir et pour cela, il est important que chacun assume les pages noires de son histoire et pas seulement la France. Nous ne devons surtout pas rester prisonniers du passé. Nous souhaitons que nos deux pays travaillent à renforcer leurs liens et à bâtir ensemble un futur meilleur, sur la base de coopérations culturelles, de coopérations économique, industrielle, universitaire.


Pour conclure le Groupe Les Indépendants rend unanimement hommage à la mémoire des victimes de cette période douloureuse de notre histoire de part et d’autre de la méditerranée, mais nous croyons néfaste de rouvrir des dossiers qui sont couverts par l’amnistie, destinée à permettre à nos deux pays d’avancer. Nous ne voterons donc pas en faveur de l’adoption de ce texte.

Interventions au Sénat