Joël GUERRIAU : Débat "Harcèlement scolaire et cyberharcèlement"

07 octobre 2021


Débat "Harcèlement scolaire et cyberharcèlement", mis à l'ordre du jour du Sénat à l'initiative de notre Groupe

Monsieur le Président,

Madame la Ministre,

Mes chers Collègues,


« Celui qui ouvre une porte d’école, ferme une prison ». C’est par cette formule que Victor Hugo, qui était assis dans cet hémicycle, traduisait l’idéal républicain, l’éducation porte une mission fondamentale.

A ceux qui affirmaient que les criminels étaient responsables de leur état, il répondait, sur les bancs de cette assemblée : « Tout homme coupable est une éducation manquée qu’il faut refaire ». L’école dispense le premier remède contre la violence, par l’apprentissage du civisme et de la citoyenneté. A côté des règles de grammaire et de conjugaison, des jalons de l’Histoire de France et de l’algèbre, l’acquisition de compétences psychosociales est indispensable à la cohésion d’une communauté, à l’échelle d’une école, comme à l’échelle d’une Nation.


A l’origine de tout harcèlement se trouve bien souvent une défaillance d’empathie, des individus incapables de se mettre à la place des autres, de se représenter les conséquences de leur acte, nourris par un sentiment de toute-puissance. Du côté des victimes, la peur, la honte et souvent une fausse culpabilité paralysent leur parole. Les harceleurs s’attaquent en général à des élèves pacifiques, isolés, plutôt introvertis, instaurant un rapport de force inégal et un mécanisme odieux de violence.


L’étendue du phénomène, sa banalisation insupportable et l’augmentation des cas de cyberharcèlement font de ce fléau un fait de société qu’il faut que nous combattions de toute urgence. C’est précisément l’objectif que s’est donné le Groupe Les Indépendants - République et territoires, en proposant cette mission d’information contre le harcèlement scolaire et le cyber-harcèlement au printemps dernier. Je souhaite saluer le travail remarquable de la Sénatrice Colette Mélot, rapporteure, et de la Sénatrice Sabine Van Heghe, qui vient de prendre la parole, présidente de la mission d’information. Comme le rappel le rapport présenté le 23 septembre dernier, le harcèlement scolaire engendre des conséquences dramatiques pour les victimes, à commencer par le désengagement scolaire : selon les enquêtes nationales de 2010 et de 2011, le harcèlement est à l’origine de 25% des cas d’absentéisme chronique. Il est responsable d’une très forte augmentation des risques de dépression, des suicides. L’état de stress permanent dans lequel il plonge l’élève impacte toutes les sphères de sa vie, à court terme, mais aussi à très long terme.


10 ans d’actions des Gouvernements successifs n’ont pas, malheureusement, permis d’éradiquer ce problème. De nombreux outils existent, c’est pourquoi la mission d’information s’intéresse à l’application sur le terrain des dispositifs qui ont été déployés.


Le premier obstacle à franchir étant le silence des victimes, il nous faut à tout prix favoriser, à travers la qualité du climat scolaire, les prises de paroles et détecter les signaux faibles. Cela passe par une mobilisation générale de la communauté éducative, appuyée par les parents d’élèves et les associations. Nous devons aussi mettre les responsables des réseaux sociaux face à leur responsabilité, comme le rappelaient mes collègues.


Les problèmes complexes à résoudre nécessitent parfois des approches décalées, innovantes, surprenantes. Je souhaite attirer votre attention sur une méthode qui est proposée par un certain nombre d’associations de terrain, peut-être moins orthodoxe que l’approche institutionnelle mais qui, selon moi, mérite, il me semble, d’être citée afin d’enrichir les débats de ce jour.


La méthode résolutoire consiste à proposer à l’enfant victime de harcèlement une stratégie de sortie de crise lui permettant de reprendre le contrôle de la situation et de briser la spirale du harcèlement, renforçant dans un même temps sa confiance en lui et ses capacités de résolution du conflit. – Il n’y a rien de pire que de dire à l’enfant, il faut changer d’école il vaut mieux que dans l’école où il est, il puisse se défendre par lui-même et qu’on lui amène ces outils – Il s’agit donc de donner à cet enfant ces moyens d’action, des outils relationnels, lui permettant de désamorcer la spirale de violence dans laquelle il se trouve, de ne plus subir le harcèlement en développant une affirmation de lui-même. Un protocole adéquat pourrait être proposé par l’équipe pluri-catégorielle déployée dans le cadre du plan « phARe ».


Madame la Ministre, j’aimerais que vous considériez cette proposition de former le personnel compétent en matière de lutte contre le harcèlement scolaire aux méthodes visant à renforcer donc l’affirmation de soi chez les élèves qui sont victimes de harcèlement.

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