Récit du déplacement de Claude Malhuret à Kiev en Ukraine 20 - 22 avril 2022

"Retour d’un voyage de trois jours en Ukraine avec six de mes collègues sénateurs et des personnalités telles qu’Alain Madelin, Ancien Ministre (artisan de cette opération), Nicolas Tenzer, Pascal Bruckner…*

Arrivée à Lviv depuis la frontière polonaise. Rencontre avec le maire de Lviv, confronté à un triple flux de réfugiés, les déplacés de l’est de l’Ukraine qui ont gagné l’ouest du pays, les réfugiés qui quittent l’Ukraine et enfin, de plus en plus nombreux, les réfugiés qui reviennent. Le maire nous explique les énormes besoins d’aide humanitaire, mais celle-ci arrive de toute l’Europe par convois entiers, les pays voisins (Pologne, Roumanie, Slovaquie…) sont exemplaires et des centaines d’associations sont nées en Ukraine même pour aider les déplacés. Sa préoccupation est aujourd’hui celle du matériel médical, car l’hôpital de Lviv, comme tous les grands hôpitaux du pays, accueille des centaines de blessés civils et militaires nécessitant une chirurgie de reconstruction très spécialisée. Le lendemain, après un petit déjeuner avec l’ambassadeur de France (notre ambassade fut une des dernières à quitter Kiev pour Lviv et l’une des premières à revenir), réunion avec le Maire de Kiev, Vitali Klitschko, colosse de deux mètres de haut qui nous accueille avec son frère jumeau. Impressionnants par la taille mais surtout par la détermination. Nous sommes venus pour inaugurer avec lui la Maison de l’Europe. Hymnes Ukrainiens et Européens. Moment d’émotion intense en constatant qu’en pleine guerre les ukrainiens consacrent du temps et des efforts à ce symbole de leur appartenance à l’Europe.

Déjeuner avec les responsables de l’aide humanitaire de Kiev qui nous font visiter les souterrains où ont été abrités pendant des semaines tant d’habitants de la ville. Aujourd’hui ces bâtiments abritent des centres de distribution et des espaces de télétravail où les enseignants du secondaire dispensent des cours par internet aux enfants des zones du pays où ils n’ont plus d’écoles.

Départ pour Boutcha et Borodianka et rencontre avec les maires qui nous font visiter les quartiers détruits et nous détaillent les crimes des soudards de Poutine que je n’ai pas encore la force, seulement 24 heures plus tard, de relater ici. Mais les journalistes l’ont fait avant moi. À Boutcha, nous inaugurons le Parc de la Liberté en plantant, avec les enfants de la commune, douze « arbres de la Liberté ». Boutcha, 18 000 habitants avant la guerre, 1500 il y a dix jours, 3000 aujourd’hui car les réfugiés reviennent peu à peu.

Retour à Kiev et réunion au siège de la Présidence, véritable fortin en prévision d’attaques de l’armée russe pour s’emparer des dirigeants ou les supprimer, autre tentative de Poutine qui a lamentablement échoué. Nous rencontrons le directeur de Cabinet de Volodymyr Zelensky qui nous dresse un tableau détaillé de la situation militaire et politique. Et là aussi le sentiment qui nous frappe, comme avec tous nos interlocuteurs précédents, c’est la certitude tranquille et absolue des ukrainiens qu’ils vont gagner cette guerre infâme qui leur est infligée, qu’ils sont déjà en train de la gagner. Notre interlocuteur nous dresse le tableau des trois demandes les plus urgentes vis-à-vis de l’Europe.

La première : « Des armes, des armes et des armes ». Et surtout des armes lourdes, artillerie blindée, drones, dont ils manquent cruellement face à l’armée russe, supérieure en nombre et en armement mais infiniment inférieure en motivation.

Deuxième demande : des sanctions enfin efficaces. Les ukrainiens reconnaissent volontiers que ces sanctions sont difficiles à mettre en place mais qu’elles sont sans commune mesure avec les pauvres gestes de l’Europe lors de l’invasion de la Crimée et du Donbass. Mais même les sanctions actuelles, bien plus déterminées, resteront inefficaces si l’on n’y ajoute pas l’arrêt du pétrole et du gaz et le blocage de toutes les banques. Un message pour le Président de la République : « la France nous aide, elle nous aiderait encore plus si vous parveniez à convaincre le chancelier allemand d’arrêter de freiner des quatre fers, alors même que l’opinion publique de son pays est très majoritairement en faveur des sanctions et de l’envoi d’armes ».

Troisième demande, essentielle et urgente : « Débloquez la procédure de candidature de l’Ukraine à l’Union Européenne. Nous savons que le processus d’adhésion sera long et compliqué mais nous avons absolument besoin, en juin au plus tard, que notre candidature commence à être examinée ».

Dîner le soir avec des députés de la Rada (Assemblée Nationale). Jeunes, brillants et extrêmement motivés. Les deux heures d’un repas qui s’annonçait convivial se sont passées dans une cave autour de pizzas réchauffées pour cause d’alerte aérienne. Mais les discussions sont allées bon train. En conclusion un pays entier qui demande avec une conviction inébranlable, sa participation à l’Europe en train de se construire, et surtout qui démontre les armes à la main qu’il ne combat pas seulement pour son indépendance, mais pour la sécurité de tout le continent, au nom des valeurs européennes, la liberté, l’état de droit et la démocratie. Ces valeurs, contrairement à ce que pensent certains dictateurs, ne sont pas qu’européennes, elles sont universelles. C’est pour elles que les ukrainiens se battent, qu’ils gagneront cette guerre et que le boucher du Kremlin la perdra et perdra sans doute en même temps le pouvoir. La seule question qui se pose est : Quand ? La réponse dépend, pour une part, de notre soutien."


*outre Claude Malhuret les Sénateurs Philippe Dominati, Gérard Longuet, Jean-Yves Leconte, Olivier Cadic, Angèle Preville, Hervé Maurey étaient présents.


Ainsi que les Députés européens Guy Verhofstadt, Luis Garicano, Petras Auštrevičius, Ramona-Victoria Strugariu.




France 3 Auvergne Rhône-Alpes : L'invité du JT de 19/20

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Public Sénat : L'émissions Sens Public - "Washington réarme, Moscou menace"

Invité de Thomas Hugues dans l'émission "Sens public", aux côtés de Benjamin Haddad, chercheur en relations internationales, et Iryna Dmytrychyn, responsable des études ukrainiennes à l'INALCO, le Président Claude Malhuret est revenu sur son déplacement en Ukraine avec plusieurs Sénateurs et Députés européens.


LCI : L'émission Ruth Elkrief 2022 - La situation en Ukraine et ses conséquences internationales


Public Sénat : "C'est tout un peuple qui a pris les armes face à l'envahisseur", relate Claude Malhuret

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France 3 Auvergne Rhône-Alpes : Le sénateur de l'Allier Claude Malhuret raconte son déplacement en Ukraine

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La Montagne : De retour d'Ukraine, le sénateur de l'Allier Claude Malhuret raconte son voyage

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