Jean-Pierre DECOOL : Débat - Les menaces que les théories du wokisme font peser sur les Universités

01 février 2022


Débat sur les menaces que les théories du wokisme font peser sur l'Université, l'enseignement supérieur et les libertés académiques

Madame la Présidente,

Madame la Ministre,

Mes Chers Collègues,


En liminaire à ce débat, à cette intervention, je remercie Max Brisson, son initiateur.

« Stay woke ». C’est le titre d’un documentaire réalisé en 2016 par Laurens Grant, sur le mouvement Black Lives Matter.


C’est devenu un mot d’ordre aux États-Unis, pour tous ceux qui considèrent les sociétés occidentales comme structurellement racistes, mais aussi sexistes, islamophobes ou homophobes.


Stay woke, donc : restez éveillés, restez vigilants. Soyez sur vos gardes : les discriminations sont partout. Nous les pratiquons sans le savoir. Nous sommes coupables à notre insu.


Tel est le mot d’ordre du wokisme. Il nous renvoie à une faute que nous commettons, sans même en avoir conscience.


Littéralement, le wokisme renvoie d’abord à une faute d’orthographe. Dans la langue de Shakespeare, il aurait fallu dire awoken, et non woke.

Au commencement était l’erreur, déjà !

On pourrait considérer que l’étymologie du signifiant est anecdotique, tant le signifié est problématique. J’en doute !


J’en doute, car au fond se cache l’idée que la langue en soi est un mécanisme d’oppression et de discrimination. On court aujourd’hui le risque de ne pouvoir s’exprimer sans blesser quelqu’un.


En France, nous subissons déjà les assauts de cette exégèse moralisatrice. Elle revêt de multiples visages, et réprime toutes formes d’expression. La censure frappe autant la langue du quotidien, que le langage artistique.


Concernant la langue du quotidien, cette censure s’appelle « écriture inclusive ». Ses promoteurs soutiennent que les règles de grammaire française constituent des mécanismes d’oppression à l’encontre de la gent féminine.


Mais à la vérité, l’écriture inclusive exclut et discrimine : elle oppose sans cesse les deux genres, sans jamais les accorder.

Madame la Ministre, nous le constatons tous les jours : cette écriture inclusive se propage partout. Elle gagne même l’Université, ses professeurs, ses élèves et son administration.


Le Ministre de l’Éducation nationale avait pourtant été clair à ce sujet : cette déformation du français n’a pas sa place dans notre administration. Elle ne l’a pas non plus, a fortiori, dans les lieux où se transmet le savoir.


J’avais été à l’initiative d’un débat organisé sur ce thème ici au Sénat, en mai dernier, et je me réjouis que le débat continue. Et j’en profite pour saluer l’initiative de ma collègue Pascale GRUNY : sa proposition de loi prolonge aussi ces travaux.


Nos discussions s’inscrivent donc dans une forme de continuité. Wokisme, écriture inclusive, ces dérives prospèrent à l’Université. Elles y remettent en cause le véhicule du savoir, c’est-à-dire le langage en tant que tel.


Je l’ai dit, le wokisme n’applique pas sa censure qu’à la langue du quotidien, mais aussi au langage artistique.

Comme dans les campus américains, de plus en plus d’étudiants s’opposent en France à ce que certaines manifestations culturelles aient lieu, au prétexte qu’elles perpétuent des stéréotypes sexistes ou racistes.


Ainsi, en mars 2019, des groupuscules soi-disant antiracistes, manifestaient contre une représentation de la pièce d’Eschyle, Les Suppliantes, dans l'amphithéâtre Richelieu, en Sorbonne.


La raison évoquée par ces agitateurs : le metteur en scène avait décidé de couvrir les visages de masques, dont certains étaient noirs. Ils ignoraient qu’il s’agissait là de renouer avec la pratique classique du théâtre antique.


Je ne crois pas utile de rentrer dans un débat propre aux études théâtrales. Ce qu’il y a de choquant, dans cet événement, comme dans bien d’autres survenus depuis, c’est que des groupuscules s’attribuent un rôle de censeurs, que personne ne leur a confié.


Il faut le dire net : la culture doit rester libre de ces censures.

Nous ne devons pas baisser la garde. Nous devons au contraire explorer les voies d’action, qu’elles soient d’ordre législatif, réglementaire ou même culturel, pour y mettre un terme. Nous devons également mener la bataille sur le plan des idées.


Il faut expliquer pourquoi on ne combat pas le racisme en interdisant des pièces de théâtre.

Il faut expliquer pourquoi on ne lutte pas pour l’égalité entre les hommes et les femmes, lorsqu’on exclut des hommes de certaines réunions.

Il faut expliquer, enfin, pourquoi on dégrade le débat intellectuel, lorsqu’on interdit à certaines personnes de s’exprimer, au motif qu’elles ne pensent pas comme il faut.


L’Université est, par définition, le lieu où s’ouvrent les esprits et où se transmettent les savoirs. Le wokisme n’y a pas sa place. L’enjeu est d’autant plus grave que, pour les générations actuelles et futures, l’Université pourrait donner à cette idéologie, l’apparence d’une validation éthique et scientifique.


Il en va de la préservation de notre langue et de notre culture.


Réponse de Sarah EL HAÏRY – secrétaire d’État chargée de la Jeunesse et de l’Engagement

Mesdames, Messieurs les Sénateurs,

Monsieur le Sénateur Decool,

Vous avez mis en lumière un sujet important, celui de l'écriture inclusive et de ce point médian. La position du Ministre Jean-Michel Blanquer, et vous l'avez rappelé, et de Frédérique Vidal, était extrêmement claire. Il n'y a pas la place à cette écriture inclusive aujourd'hui dans nos Universités, au sein des établissements de l'Éducation nationale. Pour une raison toute simple : ce n'est pas la grammaire française, ce n'est pas du français.

Par contre, Monsieur le Sénateur, vous avez également parlé de la pièce de théâtre, Les Suppléantes, et nous sommes en accord total. Jamais dans notre pays, nous devrions nous accommoder de censure, de censeurs, ou d'une moralité qui nous imposerait de nous priver de la grandeur de la culture française en particulier.

Et pour cela, je sais que ça a été un enjeu important, puisqu'il a créé du débat, mais elle a été rejouée en avril en présence de Frédérique Vidal et à l'époque, de Franck Riester, Ministre de la Culture.

Je vous remercie.


Réplique de Jean-Pierre DECOOL

Madame la Ministre, je veux vous remercier pour cette réponse. Vous avez très justement rappelé la posture de Monsieur le Ministre Blanquer concernant l'écriture inclusive, la pédagogie et l'art de la répétition.

Vous l'avez très justement fait, je vous remercie.

Merci.

Interventions au Sénat