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Claude Malhuret - Discours sur la situation au Proche et Moyen-Orient

  • il y a 4 heures
  • 10 min de lecture

25 mars 2026


Déclaration du Gouvernement, suivie d’un débat, en application de l'article 50-1 de la Constitution, portant sur la situation au Proche et Moyen‑Orient.



Monsieur le Président,

Monsieur le Premier ministre,

Mesdames et Messieurs les ministres,


En février 2022, un fou dangereux, ivre de grandeur, a allumé en Ukraine une mèche qui a fait exploser un baril de poudre et bouleversé l'ordre mondial. La guerre devait durer une semaine, elle entre dans sa cinquième année.


En février 2026, un autre fou dangereux a allumé au Proche-Orient une autre mèche qui remet à nouveau en cause l'équilibre international. La guerre devait-elle aussi durer une semaine ? Un mois plus tard, le monde entier se pose la question : qu'est-ce qui va se passer ? La réponse simple, courte et précise est la suivante : Dieu seul le sait.


Il y a un an, ici même, je comparais la présidence de Trump à la cour de Néron. Je me trompais, c'est la cour des miracles. Un antivax, ancien héroïnomane, est ministre de la Santé. Un climatosceptique, ministre de l'Écologie. Un animateur télé alcoolique, ministre des Armées. Une ancienne agent du Qatar, ministre de la Justice. Une groupie de Poutine, ministre de la Sécurité nationale.


Un proverbe turc dit : "Quand un clown s'installe dans un palais, il ne devient pas roi, c'est le palais qui devient un cirque ". Cette fine équipe a décidé de créer un concurrent de l'ONU. Depuis que son Conseil de la paix existe, Trump a déclenché plus de frappes militaires que Biden durant tout son mandat. Chaque fois que l'affaire Epstein ressurgit, les bombes explosent quelque part dans le monde et font diversion. Bombarder plus pour gagner plus.


Il n'y a pas un pays où Trump n'ait profité de la situation pour s'enrichir sans jamais oublier sa famille. Boeing personnel offert par le Qatar, investissements dans tous les projets du Golfe ou d'ailleurs, manipulation des cours de bourse dont bénéficient quelques initiés. Un seul de ces conflits d'intérêts aurait provoqué ici une procédure immédiate de destitution. Mais nous ne sommes pas ici, nous sommes dans l'Amérique MAGA : la conduite des affaires publiques au service des intérêts privés.


Après les droits de douane, le Groenland, le lâchage de l'Ukraine, l'humiliation des alliés, l'aller-retour inefficace au Venezuela et tant d'autres, une nouvelle aventure insensée commence. Qu'on me comprenne bien : je suis le dernier à me plaindre de la décapitation du régime des mollahs et le premier à réclamer la liberté pour le peuple iranien.


Mais quelle est la stratégie pour y parvenir ? Et les dégâts collatéraux, y compris pour les Iraniens, ont-ils été mesurés ? La réponse est : il n'y a pas de stratégie et les dégâts collatéraux sont passés par pertes et profits. Tout comme lorsqu'en janvier, Trump a appelé les Iraniens à descendre dans la rue pour les laisser ensuite être massacrés par les bassidjis.


Après le prétexte de la bombe atomique iranienne imminente, contredit par la directrice du renseignement américain elle-même, puis l'argument du changement de régime, c'est Marco Rubio qui finalement crache le morceau : "Nous y sommes allés parce que nous avons suivi Netanyahu". Autrement dit, nous n'avons aucun objectif propre.


Trump s'est assis sur les avertissements des rares qui ont eu le courage de lui dire ce qui allait à l'évidence se passer : le blocage du détroit d'Ormuz, l'extension de la guerre à tout le Proche-Orient et enfin les contre-coups dans le monde entier. Dans une dernière intox dont le seul but est de calmer le prix du pétrole et les bourses qui chutent, il annonce que des négociations sont en cours.


Le Président du Parlement iranien dément dans les heures qui suivent. C'est la première négociation internationale où une des parties découvre qu'elle négocie en regardant le journal télévisé. Les pétroliers sont bloqués dans le Golfe, les Émirats ferment leur espace aérien, les influenceurs sur la plage à Dubaï supplient qu'on vienne les rapatrier, les raffineries et les champs de pétrole sont en feu.


Après avoir rassemblé la plus puissante armée du monde, échoué à gagner une guerre contre une puissance moyenne, explosé le prix du pétrole et du gaz, et tenu des discours sans queue ni tête, le golfeur de Mar-a-Lago avoue sans honte être stupéfait par la riposte iranienne, pourtant parfaitement prévisible, et appelle à l'aide ses alliés qu'il insultait hier. Et ceux-ci lui répondent : "Vous n'avez consulté personne, vous n'avez pas de plan et nous n'avons aucune raison de vous suivre à l'aveugle dans le brouillard".


Trump, le seul éléphant au monde qui se promène avec son propre magasin de porcelaine, n'a plus le choix qu'entre deux solutions, aussi mauvaises l'une que l'autre. Se retirer piteusement en prétextant sans convaincre personne, avoir atteint ses objectifs, ou déclencher l'escalade avec les résultats connus d'avance depuis le Vietnam, l'Irak ou l'Afghanistan : l'enlisement et à la fin le départ honteux en laissant le champ libre à l'époque aux communistes, à Daesh ou aux talibans.


Le problème de l'Europe, c'est qu'on ne peut stopper un désastre avec de belles phrases en suppliant Israël et le Hezbollah de ranger leurs armes et en déclarant qu'Ormuz n'est pas notre guerre. C'est vrai, mais cela ne fait que souligner notre impuissance.


À court terme, la position de la France est la bonne. Nous ne participons pas à une offensive sans but, sans stratégie et sans visibilité, mais nous tenons nos engagements internationaux en protégeant nos alliés dans le Golfe et en Méditerranée et en étant prêts à concourir à la libre navigation dans le détroit, car nous sommes le seul pays européen à avoir conservé des forces aéronavales opérationnelles. Cette position doit être soutenue.


Mais il va bien falloir aussi que les 27 commencent à résoudre leurs problèmes urgents et graves. Les guerres en Ukraine et au Proche-Orient nous envoient un message simple et clair. Nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes. De Gaulle l'avait compris le premier, voici 60 ans. Son message a été oublié par les Européens. Il est plus que temps d'en tenir enfin compte.


L'Europe a trois défis majeurs : garantir sa propre sécurité, produire un système de décision efficace et s'inscrire dans la grande révolution technologique, cognitive et financière du XXIe siècle. Sinon, l'alternative sera simple : la vassalisation par nos alliés ou la soumission à nos ennemis.


L'objectif : devenir une Europe puissance militaire par un réarmement qui suppose une réindustrialisation et des investissements massifs, devenir une Europe puissance politique avec, entre autres, l'extension des décisions à la majorité qualifiée. Enfin redevenir une Europe puissance économique et commerciale par la mise en œuvre des rapports Draghi et Letta. Tout le monde le sait, mais peu de choses se passent.


En 2022, on nous a dit que l'Europe entrait en économie de guerre. Quatre ans plus tard, les commandes ne sont pas à la hauteur. La grande œuvre européenne, le marché unique, reste loin des objectifs de 1993. Quant à la révolution technologique, nous sommes à des années-lumière de la mise en place des instruments financiers indispensables pour rattraper les États-Unis et la Chine.


La France occupe une place paradoxale dans cette problématique. Elle est le pays européen qui comprend le mieux la situation, le seul qui ait conservé une armée autre que symbolique et une force de dissuasion. Mais elle est aussi, aujourd'hui, après 40 années de démagogie et de promesses intenables, en grande difficulté budgétaire.


John Adams, le deuxième Président des États-Unis, disait : "Il y a deux façons d'asservir une nation, la première par les armes, la deuxième par la dette". Malgré ces difficultés, vous nous avez annoncé, Monsieur le Premier ministre, une augmentation sensible des budgets de la Loi de programmation militaire et une actualisation de ses objectifs, après que vous l'ayez déjà fait il y a trois ans. C'est un effort que je tiens à saluer, mais c'est aussi un défi.


La campagne pour l'élection présidentielle commencera bientôt. La démagogie des deux extrêmes qui ne vont cesser d'appeler à la gabegie financière et d'expliquer qu'on peut avoir le beurre et l'argent du beurre fera peser sur les candidats raisonnables un terrible handicap. Pourtant, il est impératif de relever le double défi de notre sécurité et de la remise en ordre de nos dépenses publiques.


La question cruciale qui se pose aujourd'hui est la suivante : comment en convaincre nos concitoyens ?


Je vous remercie.



Claude Malhuret - Speech on the situation in the Near and Middle East



Mr. President,

Mr. Prime Minister,

Ministers,


In February 2022, a dangerous madman, drunk with power, lit a fuse in Ukraine that set off a powder keg and upended the world order. The war was supposed to last a week; it is now entering its fifth year.


In February 2026, another dangerous madman lit another fuse in the Middle East, once again threatening the international balance. Was this war also supposed to last a week? A month later, the whole world is asking the same question: what is going to happen? The simple, short, and precise answer is this: only God knows.


A year ago, right here, I compared Trump’s presidency to Nero’s court. I was wrong—it’s a court of miracles. An anti-vaxxer, former heroin addict, and Secretary of Health. A climate skeptic, Secretary of the Ecology. An alcoholic TV host, Secretary of the Armed Forces. A former Qatari agent, Secretary of Justice. A Putin groupie, Secretary of Homeland Security.


A Turkish proverb says, “When a clown moves into a palace, he doesn’t become king; it’s the palace that becomes a circus. ” This fine team has decided to create a rival to the UN. Since his Peace Council was established, Trump has launched more military strikes than Biden did during his entire term. Every time the Epstein affair resurfaces, bombs explode somewhere in the world to create a diversion. Bomb more to make more money.


There isn’t a single country where Trump hasn’t taken advantage of the situation to enrich himself, never forgetting his family. A private Boeing jet gifted by Qatar, investments in every project in the Gulf or elsewhere, manipulation of stock prices benefiting a select few insiders. Any single one of these conflicts of interest would have triggered immediate impeachment proceedings here. But we are not here; we are in MAGA America, where public affairs are conducted in the service of private interests.


After the customs finger-pointing, Greenland, the abandonment of Ukraine, the humiliation of allies, the ineffective trip to Venezuela, and so many others, a new senseless adventure begins. Let me be clear: I am the last person to complain about the overthrow of the Mullahs’ regime and the first to demand freedom for the Iranian people.


But what is the strategy to achieve this? And has the collateral damage—including for the Iranians— been assessed? The answer is “there is no strategy, ” and the collateral damage has been written off as a loss. Just as when, in January, Trump called on Iranians to take to the streets only to let them be massacred by the Basijis.


After the pretext of an imminent Iranian atomic bomb— contradicted by the Director of U. S. Intelligence herself— and then the argument for regime change, it was Marco Rubio who finally spilled the beans: “We went there because we followed Netanyahu. ” In other words, we have no objective of our own.


Trump ignored the warnings of the few who had the courage to tell him what was obviously going to happen: the blockade of the Strait of Hormuz, the spread of the war throughout the Middle East, and finally the repercussions in the Mont d’Athier. In a final disinformation campaign whose sole purpose is to calm oil prices and the falling stock markets, he announces that negotiations are underway.


The speaker of the Iranian Parliament denies this within hours. This is the first international negotiation where one of the parties discovers they’re negotiating by watching the evening news. Oil tankers are blocked in the Gulf. The Emirates are closing their airspace. Influencers on the beach in Dubai are begging to be brought home. Refineries and oil fields are on fire.


After assembling the world’s most powerful army, failing to win a war against a middle-power nation, sending oil and gas prices skyrocketing, and delivering rambling speeches, the Mar-a-Lago golfer shamelessly admits to being stunned by Iran’s retaliation —which was, after all, perfectly predictable— and calls for help from the very allies he was insulting just yesterday. And they reply, “You didn’t consult anyone, you have no plan, and we have no reason to blindly follow you into the fog. ”


Trump, the only elephant in the world who walks around with his own china shop, now has only two options, both equally bad. To withdraw pitifully, claiming—without convincing anyone — that he has achieved his objectives, or to trigger an escalation with outcomes already known from Vietnam, Iraq, or Afghanistan: a quagmire and, in the end, a shameful departure, leaving the field open to the communists, ISIS, or the Taliban.


Europe’s problem is that we cannot stop a disaster with fine words by pleading with Israel and Hezbollah to lay down their arms and declaring that Hormuz is not our war. That is true. But it only underscores our powerlessness.


In the short term, France’s position is the right one. We are not participating in an offensive without a goal, without a strategy, and without a clear vision, but we are honoring our international commitments by protecting our allies in the Gulf and the Mediterranean and by being ready to contribute to free navigation in the Strait, as we are the only European country to have retained operational naval and air forces. This position must be supported.


But the 27 member states will also have to start resolving their urgent and serious problems. The wars in Ukraine and the Middle East send us a simple and clear message. We can only count on ourselves. De Gaulle was the first to understand this, 60 years ago. His message has been forgotten by Europeans. It is high time we finally took it to heart.


Europe faces three major challenges: ensuring its own security, establishing an effective decision-making system, and embracing the great technological, cognitive, and financial revolution of the 21st century. Otherwise, the alternative will be simple: vassalage to our allies or submission to our enemies.


The goal is to become a military power through rearmament, which requires reindustrialization and massive investments; to become a political power through, among other things, the expansion of qualified majority voting ; and finally, to regain its status as an economic and commercial power by implementing the Draghi and State reports. Everyone knows this, but little is happening.


In 2022, we were told that Europe was entering a war economy. Four years later, orders are not keeping pace. European greatness, the single market, remains far from the 1993 objectives. As for the technological revolution, we are light-years away from establishing the financial instruments essential to catch up with the economies of the United States and China.


France occupies a paradoxical position in this issue. It is the European country that best understands the situation, the only one to have retained an army that is more than symbolic and a deterrent force. But it is also, today, after 40 years of demagoguery and untenable promises, in serious budgetary difficulty.


John Adams, the second President of the United States, said , “There are two ways to enslave a nation: the first is by force of arms, the second by debt. ” Despite these difficulties, Prime Minister, you have announced a significant increase in the budgets of the military programming law and an update of these objectives, after having already done so three years ago. This is an effort I wish to commend, but it is also a challenge.


The presidential election campaign will begin soon. The demagoguery of the two extremes—which will never cease to call for financial mismanagement and to claim that we can have our cake and eat it too—will place a terrible burden on reasonable candidates. Yet it is imperative that we meet the dual challenge of ensuring our security and putting our public finances in order.


The crucial question facing us today is this: How do we convince our fellow citizens?


Thank you.

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