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Claude Malhuret - Reconnaissance de la Nation envers les rapatriés d'Indochine

il y a 14 minutes
3 min de lecture

19 octobre 2026


Proposition de loi portant reconnaissance de la Nation envers les rapatriés d'Indochine et réparation des préjudices subis par ceux-ci et leurs familles du fait de l'indignité de leurs conditions d'accueil et de vie dans certaines structures sur le territoire français - Dossier législatif




Madame la Présidente,

Madame la Ministre,

Madame la Rapporteure,

Mes chers Collègues,


Après un siècle de présence en Indochine, la France en est partie au terme d'une guerre terrible de huit années.


Une guerre de jungles et de montagnes, d'embuscades et de sièges, où sont morts des centaines de milliers d'êtres humains.


Des paysans et des citadins vietnamiens, laotiens, cambodgiens, et des soldats français, souvent très jeunes, partis à l'autre bout du monde, parfois sans comprendre les raisons de ce conflit, et qui accomplirent leur devoir avec un courage immense.


En 1954, pour la France, la guerre s'est achevée. Mais pour des dizaines de milliers d'hommes et de femmes et d'enfants d'Indochine, une autre tragédie a commencé, celle de l'exil.


Il a fallu quitter la terre où l'on était né, les paysages, les parfums, les voix familières, abandonner derrière soi une partie de sa famille et de son histoire.


Juste quelques valises, quelques papiers, quelques souvenirs. Partir vers une France que certains n'avaient jamais vue, mais dont ils avaient appris qu'elle était leur patrie.


Ils pensaient y trouver un refuge, ils allaient pour beaucoup découvrir l'humiliation.


Des milliers de ces rapatriés furent installés dans des camps dont les conditions de vie étaient indignes de notre République.


Des baraquements insalubres, le froid en hiver, l'humidité qui pénètre les murs et les vêtements, des rats et des cafards, des familles entières entassées dans des logements précaires.


Pire encore que la misère, l'outrage à la dignité.


Les autorisations pour sortir, les couvre-feux, les obstacles pour travailler, pour étudier, pour vivre une vie normale.


Et à tout cela s'est ajoutée une dernière injustice : le silence.


Pendant des décennies, comme si le temps à lui seul pouvait guérir les blessures que la République avait infligées, ces familles furent les oubliées de notre mémoire nationale.


En 2005, elles furent oubliées de la loi portant reconnaissance de la nation envers les Français rapatriés.


En 2022, notre pays reconnut à juste titre sa responsabilité envers les harkis et leurs familles, mais les rapatriés d'Indochine ont dû encore attendre.


Pendant cette attente, combien de femmes et d'hommes ont quitté ce monde sans avoir entendu la France leur dire qu'elle savait et qu'elle comprenait ?


Nous ne leur rendrons pas les années perdues, mais nous pouvons aujourd'hui leur rendre leur place dans notre histoire.


C'est le sens de cette proposition de loi.


Elle reconnaît la responsabilité de la Nation dans les conditions d'accueil qui leur ont été imposées. Elle rappelle les humiliations et les souffrances subies. Elle institue une journée nationale d'hommage. Enfin, elle prévoit des réparations.


Bien sûr, aucune somme d'argent ne pourra réparer les blessures. On ne rembourse pas une enfance volée ni une dignité bafouée.


Mais la réparation juridique porte en elle un message essentiel. Elle dit que l'injustice a existé et que la République en assume la responsabilité.


Il ne s'agit pas aujourd'hui de juger les générations passées avec l'aplomb de ceux qui connaissent la suite de l'histoire.


Il s'agit de regarder cette histoire tout entière, sans en retrancher les grandeurs ni les fautes, ni les héros, ni les victimes.


Une grande nation n'est pas une nation qui n'a jamais failli, c'est une nation qui trouve en elle-même le courage de reconnaître ses fautes et la force de les réparer.


À ceux qui sont encore parmi nous, et dont je salue les représentants présents aujourd'hui dans notre hémicycle, nous devons dire : nous ne vous oublions plus.


À ceux qui nous ont quittés, nous devons promettre : votre histoire ne disparaîtra pas.


À leurs enfants, à leurs petits-enfants, nous devons affirmer : votre mémoire appartient pleinement à la mémoire de la France.


Ce sont ces mots que nous allons prononcer aujourd'hui en votant ce texte de loi.


Je vous remercie.

Interventions au Sénat

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