Cédric Chevalier - Déclaration du Gouvernement, suivie d'un débat portant sur l'avenir du processus d'orientation et d'affectation des lycéens dans l'enseignement supérieur
4 novembre 2026
Monsieur le Président,
Monsieur le Premier ministre,
Messieurs les ministres,
Mes chers Collègues,
La question de l'orientation est sans doute l'un des premiers sujets sur lesquels nous devons nous arrêter lorsque nous parlons de l'avenir de notre jeunesse.
Car nous savons ô combien cette étape peut être difficile pour les jeunes comme pour leurs familles.
Choisir une formation, déterminer une voie professionnelle, se projeter dans un métier, ce sont des décisions importantes, parfois prises très tôt, alors même que les jeunes ne disposent pas toujours de tous les éléments pour construire leur projet.
À 15 ans, 16, 17 ou 18 ans, comment leur demander de définir précisément leur avenir professionnel alors qu'ils connaissent encore peu les métiers, les formations et les réalités du monde du travail ?
Pour de nombreux lycéens et leurs familles, la procédure Parcoursup reste difficile à comprendre. L'algorithme cristallise les inquiétudes, avec parfois le sentiment que l'avenir se joue sur une plateforme opaque selon des critères que l'on ne maîtrise pas toujours.
L'attente, l'incertitude des réponses et au final l'impression de jouer sa vie sur une décision d'affectation génèrent un stress considérable chez les jeunes.
Cette pression touche également les familles qui doivent souvent anticiper un déménagement, rechercher un logement, planifier le financement et les déplacements nécessaires à la poursuite des études.
Pour autant, nous ne pouvons pas réduire la question de l'orientation à ses seules difficultés.
Elle doit avant tout permettre à chaque jeune de trouver sa voie en tenant compte de sa personnalité, de ses aptitudes et de ses aspirations.
Une bonne orientation suppose aussi de prendre en considération les conditions très concrètes de poursuite des études, l'accès au logement, les ressources financières, les possibilités de mobilité ou encore l'éloignement familial.
Car les moyens des familles pèsent de plus en plus lourd dans les choix d'orientation. Pire, certains jeunes, faute d'avoir obtenu une réponse satisfaisante dans les formations souhaitées, peuvent se tourner vers des établissements privés, parfois très coûteux, dont la qualité et la reconnaissance des diplômes sont très variables.
L'orientation ne doit pas devenir une source d'inégalité supplémentaire.
Une bonne orientation, c'est avant tout permettre à chaque jeune de se construire un projet, de se fixer un objectif et de se projeter dans l'avenir.
C'est un véritable déterminant de santé et de bien-être.
Savoir où on va, donner du sens à son parcours et se sentir capable de construire son avenir contribue pleinement à l'équilibre personnel et à la confiance en soi.
Notre responsabilité est aussi de ne fermer aucune porte et de mieux valoriser toutes les voies de formation, notamment professionnelles. Pendant trop longtemps, en effet, ces formations ont été dévalorisées, parfois considérées comme des voies de relégation.
Nous devons sortir de cette hiérarchie. La voie professionnelle n'est pas une voie par défaut. Elle constitue un véritable parcours de réussite et d'insertion. Il n'existe pas une seule manière de réussir sa vie professionnelle.
Mais trouver sa voie ne constitue qu'une première étape. Notre réflexion ne doit en aucune manière s'arrêter à l'entrée dans une formation. Nous devons penser l'accompagnement du jeune dans la durée tout au long de son chemin personnel.
Les parcours sont aujourd'hui de moins en moins linéaires.
Mobilité géographique, mais aussi mobilité statutaire.
Années de césure, alternance, apprentissage, services civiques, emploi, recherche d'emploi, interruption, reprise des études, autant de statuts et de situations qui peuvent se succéder parfois au cours d'une même année et qui certes participent au cheminement personnel des jeunes mais qui génèrent aussi leur lot de difficultés.
Or, nos dispositifs ne sont plus adaptés à ces réalités.
Nous continuons trop souvent à fonctionner en silo avec des dispositifs et des règles qui ne communiquent pas suffisamment entre eux.
Le jeune, en changeant de statut, peut alors se retrouver confronté à des ruptures de droits ou à des obstacles administratifs au moment même où il cherche à consolider son parcours.
Il doit pouvoir pourtant essayer, se tromper, changer de voie et rebondir sans que les contraintes administratives deviennent un fardeau supplémentaire.
Nous devons, Monsieur le Premier ministre, sortir d'une vision réductrice de la jeunesse. Les jeunes ne forment pas un groupe homogène.
Nous parlons souvent de ceux qui poursuivent des études, comme c'est le cas, mais ils ne représentent qu'une partie des quelque 9,5 millions de jeunes de notre pays.
Il y a aussi ceux qui entrent directement dans la vie active, ceux qui recherchent un emploi, ceux qui décrochent ou rencontrent des difficultés sociales et personnelles.
Leurs situations sont différentes, mais leurs préoccupations se rejoignent souvent. Accéder à l'autonomie, trouver leur place dans la société et pouvoir construire leur avenir.
C'est pourquoi il faut être lucide sur la portée des réformes concernant Parcoursup.
Améliorer son fonctionnement, renforcer la transparence et la lisibilité des critères sont des objectifs certes nécessaires, mais la fin ou la modification de Parcoursup ne réglera pas à elle seule les problèmes d'orientation, de capacité d'accueil, de logement ou d'insertion professionnelle, de moyens au niveau de l'enseignement supérieur.
Parcoursup n'est que la partie visible de difficultés beaucoup plus profondes.
Nous devons donc regarder les jeunes dans leur globalité et prendre en compte l'ensemble des conditions qui déterminent leur autonomie et leurs perspectives.
C'est aussi accepter que leurs aspirations évoluent. Leur rapport au travail, aux études et à l'engagement est parfois différent de celui des générations précédentes. Ils expriment de nouvelles attentes, notamment sur leur bien-être, leur environnement et leur qualité de vie.
Nous devons entendre ces évolutions et faire évoluer nos réponses en conséquence.
Car notre rôle, quelle que soit notre place, n'est pas de diriger la jeunesse, mais de l'accompagner, de lui donner les moyens de faire ses choix et de construire son avenir.
Être présent à ses côtés dans ses moments de vie, lui donner les moyens de faire ses choix, de prendre des initiatives, de se tromper parfois et de rebondir.
Non, pas décider à sa place, mais lui permettre de trouver son propre chemin.
Ce n'est pas changer le logiciel Parcoursup que nous devons faire, c'est changer notre logiciel global en matière de politique de jeunesse.
Sortir d'une approche trop éclatée, trop cloisonnée, trop administrative, trop complexe, qui ne correspond plus à la réalité des parcours, à la réalité de vie de nos jeunes.
Monsieur le Premier ministre, comment le gouvernement entend-il passer d'une politique qui accompagne principalement les jeunes au moment de l'orientation, à une véritable politique d'accompagnement tout au long de leur parcours, quel que soit leur choix de formation ou de vie ?
L'enjeu n'est pas simplement de mieux orienter les jeunes, mais de leur donner les moyens de construire leur avenir, de trouver leur place dans la société et de devenir des adultes autonomes, engagés et épanouis.




