Cédric Chevalier - Quelle politique de prise en charge de la santé mentale des jeunes ?
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28 avril 2026
Monsieur le Président,
Madame la ministre,
Mes chers Collègues,
J'ai choisi ce soir de laisser la parole aux jeunes. C'est pourquoi je vous dis que cette intervention a été intégralement et en totale liberté rédigée par Iélena, 20 ans, étudiante en droit. Car après tout, nous passons notre temps à dire que nous les écoutons, mais les entendons-nous vraiment. À travers ces MOTS, parfois rudes, mais sincères, ou peut-être ces mots MAUX, s'exprime une réalité trop souvent minimisée, celle d'une génération confrontée à l'anxiété, à la pression sociale et à la solitude. La santé mentale des jeunes ne peut plus être ignorée. Elle exige une prise en charge accessible, globale et sans stigmatisation, qui reconnaisse enfin leurs paroles. Merci de lui accorder votre écoute.
Madame la ministre, mesdames, messieurs les sénateurs, La santé mentale a été proclamée comme « grande cause nationale de 2025 » par le gouvernement. Mais dans les faits, celle-ci semble être un simple slogan ou une tendance sur TikTok pour un grand nombre de responsables politiques. Mais derrière ces mots, ces discours, la jeunesse vacille. C'est une urgence qui ne peut être encore repoussée. Les chiffres sont sans appel. Près de 50% des jeunes entre 11 et 15 ans déclarent des troubles anxieux et 40% des troubles dépressifs. Mais ce n'est pas tout. 23% des lycéens affirment avoir eu déjà des pensées suicidaires, 1 lycéen sur 10 est déjà passé à l'acte, et le suicide est une des principales causes de décès chez les 15-19 ans.
Ces données ne sont pas abstraites. Ce ne sont pas de simples chiffres, mais bien la jeunesse qui continue de s'enfoncer dans les abysses. Et qui sait ? Peut-être que votre enfant en fait partie. Que feriez-vous ? Et pourtant, face à cela, rien ne semble être réellement fait. Vous parlez, vous alertez, vous publiez des rapports pour essayer de mesurer le problème. Mais dans le même temps, les politiques de jeunesse restent trop souvent les premières touchées par les coupes budgétaires. La culture, le sport, l'accompagnement social, tous ces leviers qui contribuent à l'équilibre mental des jeunes sont fragilisés. La baisse du Pass Culture en est un exemple. Pour certains jeunes, il représentait le seul moyen d'échapper à la réalité en achetant des livres, en allant au cinéma ou en apprenant, mais aussi en s'ouvrant au monde.
Ces inégalités, je les vois aussi sur le terrain. Je suis moi-même bénévole dans une association pour accompagner des jeunes et tenter à mon échelle de réduire ces écarts qui les bouleversent. Mais même engagée, je me sens parfois démunie face à l'ampleur de la situation. Ils ont besoin d'écoute, de repères, de moyens. Ils ont besoin que vous agissiez. La santé mentale touche tous les aspects de la vie. Elle influence la scolarité, les relations familiales et la vie sociale. Sur le plan scolaire, les signaux sont préoccupants. Le nombre de phobies scolaires et de burn-out académiques ne cesse d'augmenter. La pression scolaire est telle que l'on finit par se perdre, par perdre pied. Toujours plus de diplômes, toujours plus de connaissances, toujours plus d'exigences. Mais où sont les aides ? Où est l'accompagnement ?
Dans les universités, les difficultés persistent. Le manque d'aide et d'espace d'écoute pour les étudiants peut conduire à des situations difficiles. J'ai moi-même développé des troubles anxieux jusqu'à faire un burn-out. Je suis en L2. Lorsqu'on est entouré, on avance. Mais qu'en est-il des étudiants isolés, de ceux qui n'ont pas les moyens de consulter, de ceux qui ne savent même pas vers qui se tourner ? L'accès à l'aide reste encore trop souvent inégal. On parle souvent de politique de jeunesse. Mais qui nous écoute, nous les jeunes ? Nous ne sommes pas désintéressés des problèmes qui nous concernent. Donnez-nous les moyens d'agir. Nous sommes les premiers concernés et nous savons de quoi nous avons besoin pour avancer.
Il faut aussi comprendre le contexte dans lequel grandit cette génération. Les crises climatiques et sanitaires, les tensions géopolitiques, les incertitudes économiques créent une inquiétude permanente. Beaucoup de jeunes vivent avec la peur. Peur de ne pas trouver leur place. Peur de ne pas réussir. Peur d'un avenir instable. Peur de voir le monde se dégrader et mourir à petit feu sans pouvoir agir. Oui, nous avons peur. Et cela peut sembler lointain ou démesuré, mais c'est la réalité, notre réalité.
Et je ne vous parle même pas du harcèlement scolaire qui aggrave encore cette situation. 27% des jeunes déclarent avoir subi du harcèlement moral et 9% du harcèlement sexuel. Le numérique amplifie ces phénomènes qui ne s'arrêtent plus à la sortie de l'école. Il est constant, omniprésent et parfois banalisé. Pourtant ses conséquences sur la santé mentale sont profondes et durables. Un autre obstacle majeur demeure, l'inégalité d'accès aux soins. Beaucoup de jeunes ne peuvent consulter un psychologue ou un psychiatre simplement parce que c'est trop cher. Les dispositifs existants sont une avancée mais restent insuffisants. La prescription médicale ajoute une barrière et le manque de professionnels allonge les délais. Pour un jeune en détresse, attendre plusieurs mois c'est déjà trop tard.
Des solutions existent pourtant : former davantage les enseignants et les parents pour repérer les signaux faibles, renforcer les dispositifs d'accompagnement à long terme. La santé mentale ne doit plus être un sujet tabou, ni pour les jeunes, ni pour les adultes, nous sommes tous concernés. Mais surtout, ce dont nous avons besoin, c'est d'une politique de jeunesse durable, cohérente et stable qui ne soit plus une variable d'ajustement budgétaire. Écoutez-nous, faites-nous confiance.
Je vous remercie.




