Dany Wattebled - PJL Polices municipales et gardes champĂȘtres
- Les Indépendants
- il y a 15 minutes
- 4 min de lecture
10 février 2026
Projet de loi relatif Ă l'extension des prĂ©rogatives, des moyens, de l'organisation et du contrĂŽle des polices municipales et des gardes champĂȘtres - Dossier LĂ©gislatif
Monsieur le Président,
Monsieur le ministre,
Mes chers CollĂšgues.
Voter un texte sur la sĂ©curitĂ© de proximitĂ©, ce n'est jamais un acte neutre. C'est un choix politique qui engage notre conception du rĂŽle de l'Ătat, des collectivitĂ©s et de celles et ceux qui, chaque jour, font respecter les rĂšgles communes au plus prĂšs du terrain.
Le projet de loi que nous examinons aujourd'hui part d'un constat simple : la sĂ©curitĂ© du quotidien ne se dĂ©crĂšte pas uniquement depuis le sommet de l'Ătat. Elle se construit concrĂštement dans nos communes et dans nos villages, Ă travers l'action des maires, des policiers municipaux et des gardes champĂȘtres. Or, ces acteurs ont vu leurs responsabilitĂ©s croĂźtre sans que le droit ne leur donne toujours les moyens d'agir de façon claire et efficace. Ce texte vient combler ce dĂ©calage.
Il ne doit pas ĂȘtre un transfert dĂ©guisĂ© des missions rĂ©galiennes de l'Ătat. Il ne s'agit ni de dĂ©lĂ©guer la sĂ©curitĂ© nationale aux communes, ni d'instaurer une concurrence entre forces locales et forces de l'Ătat. La police nationale et la gendarmerie demeurent les piliers exclusifs de l'action rĂ©galienne, garants de l'unitĂ© et de l'Ă©quitĂ© du territoire et de la RĂ©publique.
Le projet de loi clarifie juridiquement des missions dĂ©jĂ exercĂ©es de facto, sĂ©curise les agents dans leur intervention et amĂ©liore l'articulation entre l'action des polices municipales, des gardes champĂȘtres et celle de l'autoritĂ© judiciaire. Le cĆur du texte repose sur le fait de permettre Ă certaines collectivitĂ©s, si elles le souhaitent, de doter leurs agents de police municipale et leurs gardes champĂȘtres de compĂ©tences juridiques Ă©largies. Ce choix repose sur la volontĂ© locale et sur un accordement exigeant.
Le Sénat a veillé tout au long de l'examen de ce texte à ce que cette ouverture ne se fasse jamais au détriment des garanties fondamentales des libertés individuelles. Les travaux en commission puis en séance ont renforcé cet équilibre. Les conditions de qualification des responsables de service ont été précisées, les procédures sécurisées et les rÎles respectifs du maire ainsi que de l'autorité judiciaire ont été clarifiés. Ce dispositif est fondé sur la compétence, la formation et le contrÎle.
Les ajouts adoptés en séance répondent à des besoins trÚs concrets : leur permettre d'agir face à l'alcoolisation excessive, à l'usage de stupéfiants sur la route, aux dépÎts sauvages de déchets, aux atteintes à l'environnement ou encore aux intrusions dans les établissements scolaires. D'ailleurs, les dépÎts sauvages sont un véritable fléau environnemental et financier pour de nombreuses communes. La protection de l'environnement et du cadre de vie relÚve pleinement de l'ordre public du quotidien. Tout cela répond aux réalités du terrain.
Il s'agit de permettre une rĂ©ponse immĂ©diate Ă des infractions qui dĂ©gradent la vie quotidienne de nos concitoyens et alimentent le sentiment d'abandon dans de nombreux territoires. Il est essentiel de le dire clairement, ces Ă©volutions ne crĂ©ent pas de confusion de rĂŽle. Les forces nationales demeurent au cĆur de l'action judiciaire. Les nouvelles compĂ©tences attribuĂ©es aux polices municipales et aux gardes champĂȘtres sont exercĂ©es sous le contrĂŽle du parquet et assorties d'exigences fortes en matiĂšre de traçabilitĂ© et de responsabilitĂ©.
Trop souvent, policiers municipaux et gardes champĂȘtres ont Ă©tĂ© placĂ©s dans une situation paradoxale. PrĂ©sents sur les lieux, identifiĂ©s par la population comme autoritĂ©s, mais juridiquement contraints Ă l'inaction ou Ă des procĂ©dures inadaptĂ©es. Cela affaiblit l'autoritĂ© publique et expose les agents Ă l'incomprĂ©hension, voire Ă la contestation. Ce dĂ©calage est vĂ©cu chaque jour dans nos communes. En clarifiant leurs prĂ©rogatives et en sĂ©curisant leurs interventions, la loi protĂšge non seulement les citoyens, mais aussi ceux qui sont chargĂ©s de faire respecter la rĂšgle commune.
Le texte va également dans le sens d'une modernisation des moyens. Caméras individuelles, caméras embarquées, expérimentation de drones, outils de vidéoprotection. Ces dispositifs existent déjà dans notre arsenal de sécurité. La loi en fixe le cadre et définit les modalités de contrÎle.
Un autre apport majeur du texte rĂ©side dans la reconnaissance pleine et entiĂšre des gardes champĂȘtres. Leur rĂŽle dans la sĂ©curitĂ© rurale, dans la protection de l'environnement et dans le maintien de l'ordre local est dĂ©sormais inscrit dans la loi et pleinement assurĂ©. L'harmonisation de leurs compĂ©tences et de leur formation avec celle des policiers municipaux met fin Ă une forme d'angle mort juridique.
La réforme de la formation constitue un point d'équilibre essentiel. Exiger davantage de compétences implique d'investir davantage dans la formation initiale et continue. Le rÎle confié au Centre national de la formation publique territoriale, les possibilités élargies de conventionnement et les mécanismes de remboursement en cas de mutation traduisent une volonté de professionnalisation, mais aussi de justice entre collectivités.
Enfin, ce texte ne se contente pas de donner plus de prĂ©rogatives. Il renforce les exigences dĂ©ontologiques et les mĂ©canismes de contrĂŽle. NumĂ©ro d'identification individuel, mission d'Ă©valuation, harmonisation des rĂšgles d'agrĂ©ment et de contrĂŽle : ces dispositions ont toutes le mĂȘme fondement, l'autoritĂ© doit s'exercer dans un cadre clair, transparent et contrĂŽlĂ©.
Ce texte ne réglera pas à lui seul toutes les tensions qui pÚsent sur la sécurité locale. La question des moyens financiers des communes reste posée et doit continuer à nous mobiliser. En donnant aux communes les moyens d'agir, sans uniformisation forcée, le législateur reconnaßt la diversité des réalités locales en maintenant un cadre national.
Je veux toutefois rappeler ici que les communes ne disposent pas des mĂȘmes ressources financiĂšres, humaines et techniques. Cette disparitĂ© crĂ©e de fait une inĂ©galitĂ© territoriale face Ă la sĂ©curitĂ© du quotidien. LĂ oĂč certaines collectivitĂ©s peuvent investir, d'autres peinent Ă assurer les missions les plus rĂ©galiennes.
Ce texte envoie un signal fort, politique, important à nos concitoyens. Il affirme que la République ne renonce ni à la proximité, ni à l'égalité territoriale. Avec vigilance, mais détermination, le Groupe Les Indépendants votera en faveur de ce texte.
Je vous remercie.








