Dany WATTEBLED : Véolia-Suez : quel rôle pour l'État pour protéger notre patrimoine industriel ?

25 mars 2021


Débat sur le thème : "Véolia-Suez : quel rôle doit jouer pour l'État stratège pour protéger notre patrimoine industriel ?"


Monsieur le Président,

Monsieur le Ministre,

Mes chers Collègues,


J’ai eu plusieurs fois l’occasion d’appeler à la renaissance d’un véritable ministère de l’industrie. Un ministère qui est véritablement et exclusivement chargé de concevoir et d’appliquer une stratégie industrielle pour notre pays.


Et je me réjouis que nos collègues socialistes soient conscients de la nécessité de conserver le patrimoine industriel français, aient inscrit ce débat à l’ordre du jour. Malheureusement, auparavant, beaucoup de Gouvernements ont laissé faire des rachats, des rachats de nos fleurons, et la perte progressive d’un savoir-faire industriel. Pour ne citer que quelques-uns : Technip, Arcelor, la perte d’autonomie avec la vente de la branche énergétique d’Alstom, et même une fusion qui était prévue qui n’a heureusement pas eu lieu entre Alstom et Siemens.


Afin de préserver les emplois et surtout de maintenir les compétences industrielles de notre pays, le Gouvernement s’emploie à créer de nouvelles chaînes de valeur et c’est à saluer.


Au-delà de son rôle dans le développement d’une stratégie de long terme, l’État doit être également attentif aux prises de contrôle des entreprises françaises et sauvegarder nos savoir-faire technologiques.


Si l’OPA lancée par Veolia sur Suez aboutissait, elle aurait pour effet de fusionner l’activité internationale de deux champions français.

Pourtant, certains exemples de fusion posent le problème des relations qui suivent.


Au-delà de cette opération, plusieurs questions se posent :

Pensez-vous, Monsieur le Ministre, qu’un rapprochement de ce type mette par principe en péril le patrimoine industriel français ?

Le Gouvernement a-t-il établi une liste des industries à valeur stratégique ?

Quel est le plan d’action du Gouvernement pour les sauvegarder et les développer ? Quelle reconquête industrielle ?

Quelle articulation avec nos partenaires européens permettrait aux entreprises de peser suffisamment sur la scène internationale, notamment via des recoupements du type Airbus ?

Et enfin, quelle solidarité européenne quand nos partenaires polonais achètent des avions de chasse américains ? Quand nos partenaires allemands formulent des exigences au sujet du nouvel avion de chasse européen ?

Je vous remercie.


Réponse de M. Bruno LE MAIRE – Ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance

Oui, merci, Monsieur le Sénateur.

Je pense que peu de Gouvernements se sont autant employés à protéger notre industrie et protéger nos grandes entreprises industrielles.

Quand Ascoval était menacée de fermeture, je me suis battu pendant plus de deux ans pour garder cette grande usine avec un four électrique, une belle aciérie, ouverte, trouver des repreneurs. Dieu sait que ça a été les montagnes russes avec des espoirs, des déceptions. Mais au bout du compte, nous avons sauvé l'aciérie d'Ascoval et les 300 emplois qui vont avec.

Lorsque le groupe qui a repris Ascoval, et Hayange, et d'autres entreprises de l'aciérie en France, s'est trouvé confronté à des difficultés financières lundi dernier, nous avons débloqué 20 millions d'euros de prêts pour permettre à Ascoval de poursuivre son activité.

Nous sommes intervenus pour favoriser le rapprochement entre Alstom et Bombardier qui permet de créer un leader dans le domaine de l'industrie ferroviaire.

Je n'ai pas hésité - ce qui peut être surprenant de ma part - à nationaliser les Chantiers de l'Atlantique.

Et nous avons renoncé au rapprochement avec Fincantieri, de concert avec notre partenaire italien, parce que nous estimions que les conditions n'étaient plus remplies.

Lorsque l'acteur canadien Couche-Tard, tout à fait respectable par ailleurs, a voulu racheter Carrefour dans une opération, il me semble précipitée, je m'y suis opposé et je constate aujourd'hui avec plaisir que finalement Carrefour n'était pas en si mauvais état que ça, puisque Carrefour vient de faire une opération tout à fait admirable au Brésil en rachetant un certain nombre d'actifs au Brésil. J'en félicite la direction de Carrefour, mais c'est bien la preuve qu'il n'y avait aucune raison de céder ce géant de la distribution qui, au passage, était le premier employeur privé français.

Donc, je crois que nous intervenons à bon escient pour protéger sans cesse les intérêts stratégiques industriels de la nation française, et que les choses soient bien claires, je n'hésiterai pas à continuer à le faire.

Nous le faisons aussi pour être offensifs et créer de nouvelles chaînes de valeur parce que c'est ça le grand défi, c'est pas simplement de protéger, c'est aussi d'investir et créer de nouvelles chaînes de valeur.

Vous citez l'Europe. Je rappelle que, sur les batteries électriques, sur l'hydrogène, sur le calcul quantique, sur le cloud, nous créons de nouvelles chaînes de valeur européennes.

C'est probablement l'un des résultats les plus positifs de la crise dont nous sommes en train de sortir.


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