Débat préalable à la réunion du Conseil européen des 18 et 19 juin 2026
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15 juin 2026
Laure Darcos, oratrice pour notre Groupe :
Monsieur le Président,
Monsieur le ministre,
Mes chers Collègues.
Dans un contexte international très incertain, marqué par des conflits armés qui s'éternisent, l'irrésistible montée en puissance des nationalismes et la décomposition des alliances historiques, l'Europe doit relever de nombreux défis : sécurité, compétitivité, maîtrise des flux migratoires et lutte contre les menaces transnationales. Dans ce contexte, l'unité européenne est plus que jamais nécessaire.
Notre responsabilité collective est claire, assurer la défense de notre territoire, protéger nos intérêts européens et garantir la sécurité de nos concitoyens. Mais nous savons également qu'aucune de ces ambitions ne pourra être atteinte sans moyens financiers à la hauteur des enjeux.
S'agissant tout d'abord de l'Ukraine, l'Union européenne doit maintenir son soutien politique, économique et militaire. Alors même que les discussions diplomatiques peinent à produire des avancées tangibles, la Russie poursuit son offensive et multiplie les provocations à l'encontre des États européens.
Ces derniers jours encore, un drone russe s'est écrasé sur le territoire roumain, et des menaces ont visé des diplomates européens en déplacement en Ukraine.
L'aide européenne à ce dernier passe avant tout par un renforcement de ses capacités de défense aérienne. Il nous faudra également accélérer la livraison de munitions et de drones.
Monsieur le ministre, alors que le Conseil européen devrait réaffirmer sa volonté de renforcer son engagement en faveur de l'Ukraine et intensifier la pression sur la Russie, quelles initiatives la France entend-elle prendre pour garantir à la fois la poursuite du soutien européen et l'implication de l'Union dans les futures négociations de paix ?
Au Proche-Orient, la situation demeure tout aussi préoccupante. La guerre à Gaza continue d'alimenter une catastrophe humanitaire majeure, tandis que les tensions régionales connaissent une nouvelle escalade avec les échanges de frappes entre Israël, l'Iran et le Hezbollah, en espérant que l'accord puisse être bientôt signé.
Le Liban peinait déjà à se reconstruire après la tragédie du port de Beyrouth. Les Libanais sont exténués par la guerre entre Israël et le Hezbollah, dont ils sont les otages malheureux. Le risque d'embrasement régional demeure élevé et menace directement la stabilité d'une zone essentielle pour la sécurité européenne.
L'Union européenne doit continuer à défendre une position équilibrée en exigeant le respect scrupuleux du droit international, par toutes les parties.
Monsieur le ministre, alors que le Conseil européen examine la possibilité de nouvelles sanctions visant certains responsables israéliens, quelle position la France entend-elle défendre afin de préserver la crédibilité de l'Union européenne et favoriser une solution politique durable ?
Les conflits en Ukraine et au Proche-Orient rappellent par ailleurs l'urgence de renforcer notre autonomie stratégique. Les récentes restrictions américaines sur les technologies militaires utilisées en Ukraine confirment une réalité déjà soulignée par la France. Une dépendance excessive crée une vulnérabilité stratégique.
Aujourd'hui, près des deux tiers des équipements militaires achetés par les États européens membres de l'OTAN proviennent des États-Unis, une situation qui n'est pas soutenable à long terme pour l'Europe.
Monsieur le ministre, alors que l'instrument financier SAFE doit mobiliser jusqu'à 150 milliards d'euros pour stimuler les acquisitions conjointes dans le domaine de la sécurité et de la défense européenne, pouvez-vous nous préciser ses modalités de mise en œuvre et la manière dont la France entend promouvoir une préférence européenne dans les achats de défense ?
La sécurité des Européens se joue aussi à l'intérieur de nos frontières, notamment face à une montée des trafics de stupéfiants. Les réseaux criminels sont transnationaux, ils ont une capacité d'adaptation inégalée et ils exploitent les failles de la coopération européenne. Si l'action nationale reste essentielle, elle ne suffit plus.
Monsieur le ministre, quelles propositions la France entend-elle défendre au niveau européen afin de renforcer la coopération policière, judiciaire et douanière dans la lutte contre les trafics de drogue et le crime organisé ?
Concernant les migrations, l'entrée en vigueur du Pacte européen sur la migration et l'asile constitue une étape importante en vue de la régulation des arrivées sur notre continent qui n'ont jamais cessé de prendre de l'ampleur. Après des années de blocage, l'Union s'est enfin dotée d'un cadre commun. Il convient désormais de veiller à sa mise en œuvre effective, tout particulièrement en matière de contrôle des frontières extérieures, d'enregistrement des arrivées et de politique de retour.
Monsieur le ministre, alors que plusieurs États membres alertent sur les retards dans le déploiement des dispositifs techniques et opérationnels indispensables à la mise en œuvre du pacte, la France estime-t-elle que l'Union européenne sera en mesure d'en assurer une application homogène et effective sur l'ensemble de son territoire ?
Enfin, ces priorités exigent des moyens adaptés. Le prochain cadre financier pluriannuel s'annonce décisif, alors que persistent des divergences entre États membres sur la dette commune, les contributions nationales et les ressources propres.
Or, il sera difficile de financer simultanément défense, compétitivité, transition écologique, soutien à l'Ukraine et contrôle des frontières sans un débat clair sur les ressources de l'Union.
Monsieur le ministre, quel levier la France entend-elle privilégier en matière de nouvelles ressources propres tout en préservant la compétitivité européenne ?
Le Conseil européen devra démontrer que l'Europe est capable de conjuguer ambition stratégique, responsabilité budgétaire et unité politique. C'est à cette condition que l'Union européenne continuera à être une puissance capable de protéger ses citoyens et de peser sur le cours de l'histoire.
Claude Malhuret, Vice-Président de la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées :
Monsieur le Président,
Monsieur le Ministre,
Mes chers Collègues,
L'ordre du jour du Conseil européen des 18 et 19 juin comprend une dizaine de points que le temps imparti ne permet d'aborder qu'en slalomant.
D'abord, comme vous l'avez dit, Monsieur le Ministre, le soutien à l'Ukraine.
Alors que la Russie est en échec sur le terrain et que son économie ralentit sérieusement, il n'est pas question de relâcher nos efforts.
Depuis la défaite de Viktor Orbán face à Peter Magyar, la levée du veto hongrois a permis de débloquer le prêt de 90 milliards d'euros à l'Ukraine. Un 21e paquet de sanctions contre la Russie est par ailleurs en cours d'élaboration.
Tout cela est heureux, mais tant que la guerre durera, il est déjà certain qu'il en faudra un 22e et nous pouvons sans doute faire beaucoup plus pour accroître l'isolement international de la Russie. Le Forum économique de Saint-Pétersbourg s'est ouvert et achevé sous une pluie de drones ukrainiens, mais hélas, il s'est tenu.
Au sein même de l'Union, une certaine fatigue se fait sentir. Certains États membres, en situation politique ou économique difficile, gagnés par le populisme ou rongés par la propagande du Kremlin, se réfugient derrière le prêt de 90 milliards pour lever le pied sur leur aide bilatérale.
Le nouveau gouvernement bulgare de l'ancien président Radev vient d'annoncer avoir mis fin à son aide militaire à l'Ukraine. Le nombre de participants à l'initiative tchèque d'achat de munitions a fondu de moitié depuis l'arrivée au pouvoir d'Andrej Babis.
Si de nouvelles contributions ont été confirmées au mécanisme de l'OTAN appelé PURL, par lequel les Européens paient des armements américains à destination de l'Ukraine, le rythme et le volume des livraisons ne sont pas suffisants.
Sur un autre plan, on ne peut que se réjouir de l'ouverture du premier chapitre de négociations d'adhésion avec la Moldavie et l'Ukraine. L'élargissement est, comme le dit la Commission, un impératif géostratégique autant qu'un investissement à long terme dans la paix, la stabilité et la sécurité du continent.
Au-delà du slogan toutefois, les modalités et le calendrier envisageables sont assez confus. La France et l'Allemagne plaident pour une "intégration graduelle" des pays des Balkans ; des statuts de membres observateurs ou des intégrations "à moitié" ont été avancés.
L'Allemagne a récemment plaidé pour donner à l'Ukraine un statut de membre associé.
Et après la victoire du parti pro-européen de Nikol Pashinyan aux élections législatives arméniennes, la question d'un élargissement à la carte, adapté aux situations géostratégiques, n'a sans doute pas fini d'être reformulée. On ne pourra pas non plus manquer de la poser clairement aux électeurs.
Je serai bref sur la situation au Moyen-Orient. Il y aurait certes beaucoup à dire, surtout aujourd'hui, mais à l'approche d'un Conseil européen, ce qui frappe surtout est que l'Union divisée semble quelque peu inaudible et impuissante. Elle fait alors ce qu'elle sait faire, signer des chèques à l'autorité palestinienne ou à l'État libanais, quand personne ne s'y oppose, et émettre des protestations auxquelles peu de monde prête attention.
Il est intéressant d'observer dans ce contexte l'offensive qui serait poussée notamment par la France et l'Allemagne contre le service européen pour l'action extérieure.
Il s'agirait, selon la presse britannique, de limiter l'autonomie du chef de la diplomatie, d'assouplir son contrôle sur le réseau de délégations de l'Union dans le monde, de rapatrier les sanctions et missions militaires au Conseil et la diplomatie courante à la Commission.
Pouvez-vous, Monsieur le Ministre, nous préciser la position du gouvernement sur ce sujet ?
Dans un contexte aussi explosif et à l'approche de la publication par Bruxelles d'une nouvelle stratégie de sécurité, une telle réforme donnera-t-elle aux Européens les moyens de leurs ambitions ?
Sur tous ces sujets, Monsieur le Ministre, notre Commission souhaiterait entendre la vision que le gouvernement entend porter dans les mois qui viennent.
Je vous remercie.




