Laure Darcos - Modernisation de la radio
13 octobre 2026
Proposition de loi relative à la modernisation de la radio - Dossier législatif
SEUL LE PRONONCÉ FAIT FOI
Monsieur le Président,
Madame la Ministre,
Mes chers collègues,
Depuis les premières émissions de Radio Tour Eiffel, à la fin de l’année 1921, la radio occupe une place toute particulière dans le quotidien des Français.
Aujourd’hui, près de 40 millions de personnes l’écoutent chaque jour. Média de masse, la radio est aussi un média de proximité.
En métropole, près de 900 services de radio sont autorisés à émettre en FM. Parmi eux, de nombreuses radios locales qui contribuent au dynamisme de nos territoires et à la diversité de l’information.
Pourtant, le secteur connaît d’importantes fragilités. L’audience cumulée quotidienne de la radio a diminué de 14,5 points entre 2003 et 2025.
Et surtout, son modèle économique est sous pression.
En 2025, le chiffre d’affaires du secteur radiophonique a ainsi reculé de 14 % en volume sur un an et de 27 % depuis 2019.
Les habitudes d’écoute changent. La radio se consomme également sur internet, les applications et les enceintes connectées, et la concurrence des plateformes numériques s’intensifie.
La radio se trouve donc dans une situation paradoxale : malgré des dizaines de millions d’auditeurs quotidiens, ses équilibres économiques sont de plus en plus fragilisés.
Or, la transformation numérique de la radio ne doit pas signifier sa disparition de l’espace hertzien. Car si la radio dépend demain entièrement de plateformes et d’intermédiaires numériques pour atteindre ses auditeurs, elle risque de perdre ce qui fait sa force : la gratuité et la proximité.
Préserver une diffusion hertzienne solide, c’est précisément tout l’enjeu de la radio numérique terrestre, grâce notamment au DAB+.
C’est pourquoi je soutiens cette proposition de loi, dont l’un des objectifs majeurs est de généraliser le déploiement de cette technologie.
En effet, en renforçant les obligations de compatibilité des récepteurs et en garantissant la présence de la radio FM et DAB+ dans les véhicules neufs, nous créons justement les conditions matérielles pour favoriser cette transition nécessaire.
Le texte prévoit également d’autres mesures utiles pour donner davantage de souplesse au secteur. Je pense notamment à l’adaptation de certaines obligations relatives à la publicité radiophonique et à la possibilité, sous certaines conditions, de modifier les allotissements numériques afin de réduire les coûts de diffusion.
Sur ces points, je vous proposerai deux amendements.
Le premier permettra d’assurer une transposition plus adaptée et proportionnée de la directive (UE) 2023/2225 du 18 octobre 2023 relative aux contrats de crédit aux consommateurs, en réduisant l’accumulation des mentions légales à la radio sans remettre en cause, bien entendu, l’objectif de protection des consommateurs.
Le second amendement a pour objectif de renforcer l’effectivité du droit de priorité dont bénéficient les services de radio préalablement autorisés en mode analogique.
En définitive, cette proposition de loi est indéniablement utile. Mais elle ne sera pas suffisante pour préserver le secteur de la radio et le préparer aux défis qui l’attendent.
Plusieurs enjeux doivent, à cet égard, retenir notre attention.
D’abord, l’égalité entre les territoires. Le déploiement du DAB+ permettra à terme d’atténuer les fractures qui existent entre les métropoles, les territoires ruraux et les territoires ultramarins. C’est essentiel : la modernisation de la radio doit profiter à tous.
Je rappelle que 19 % de nos concitoyens n’auront toujours pas accès au DAB+ à la fin de cette année en métropole.
Ensuite, l’adaptation de notre cadre économique et réglementaire doit se poursuivre. Les radios subissent en effet une concurrence massive des grandes plateformes mondiales et des services de streaming, qui ne sont pas soumis aux mêmes contraintes.
Enfin, la radio est aussi un enjeu de souveraineté. Nous devons garantir aux Français un accès durable à une information fiable, pluraliste et gratuite.
La radio hertzienne est stratégique à cet égard : elle est accessible sans abonnement, sans compte utilisateur et demeure un moyen de communication essentiel en situation de crise.
La radio permet de toucher massivement la population. À l’heure où les crises, les cybermenaces et les manipulations de l’information se multiplient, elle est un levier de souveraineté important.
Souhaitons-nous demain une radio qui dépende progressivement des plateformes étrangères tout en subissant les transformations technologiques ?
Pour ma part, je fais le choix d’une radio qui conserve ses propres moyens de diffusion et son lien direct avec les citoyens, tout en continuant à faire vivre, dans nos territoires, la diversité des opinions.
Cette proposition de loi va donc dans la bonne direction.
Elle donne de l’air aux acteurs. Elle accélère la modernisation des équipements et adapte la régulation aux réalités du numérique.
Dans un proche avenir, nous devons agir puissamment pour accompagner les auditeurs, soutenir les acteurs les plus fragiles, garantir la couverture de tous les territoires et construire, avec l’ensemble de la filière, une trajectoire claire et progressive vers la radio de demain.
Je vous remercie.




