Laure Darcos - Réforme des critères d'attribution de l'éducation prioritaire
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27 mai 2026
Proposition de loi portant réforme des critères d'attribution de l'éducation prioritaire pour l'équité des résultats et l'égalité territoriale - Dossier législatif
SEUL LE PRONONCÉ FAIT FOI
Madame la Présidente,
Monsieur le Ministre,
Mes chers collègues,
« Avec l’inégalité d’éducation, je vous défie d’avoir jamais l’égalité des droits ». Cette phrase de Jules Ferry, prononcée en 1870 dans son discours De l’égalité d’éducation, garde aujourd’hui une résonance particulière.
Car l’école n’est pas seulement un lieu d’apprentissage : elle est la condition même de l’émancipation et de l’égalité dans notre République. Et l’éducation prioritaire a un rôle clé à jouer.
Avant toute chose, je salue le travail de notre collègue Édouard Courtial, à l’origine du texte que nous examinons aujourd’hui, ainsi que celui d’Annick Billon, qui en est la rapporteur.
Ce texte a un objectif clair : modifier les critères de l’éducation prioritaire afin de corriger certains écueils observés ces dernières années.
Cette proposition de loi a le mérite de poser un sujet fondamental : celui des critères de notre politique d’éducation prioritaire et de sa capacité à répondre efficacement aux réalités sociales et territoriales de notre pays.
Le système actuel présente d’importantes limites. Tous ici, nous l’observons dans nos territoires respectifs, lors de nos échanges avec les élus locaux, les professeurs et les membres de la communauté éducative en général.
Certains établissements gagneraient à bénéficier des moyens alloués à l’éducation prioritaire et ils ne le peuvent pas. Depuis des années, les alertes sur les incohérences du zonage se multiplient.
Cette situation nourrit un sentiment d’incompréhension et à des phénomènes d’évitement scolaire que nous ne pouvons ignorer.
L’éducation prioritaire devrait pourtant être un levier d’égalité et d’équité. Une réforme est évidemment nécessaire.
Or face à un enjeu aussi massif, nous devons être vigilants à ne pas répondre par des ajustements trop limités. L’éducation prioritaire concerne aujourd’hui près d’1,7 million d’élèves et mobilise environ 2,6 milliards d’euros par an. A cette échelle, il faut une réforme d’ampleur, avec une étude d’impact.
Il nous faut évaluer lucidement les politiques conduites depuis plus de 40 ans et, surtout, nous devons replacer au cœur de cette réflexion celles et ceux qui font vivre l’école au quotidien : nos professeurs.
Parce qu’ils sont les héritiers des « hussards de la République », parce qu’ils sont ceux qui ont la charge de donner à nos enfants les armes pour leur émancipation intellectuelle et leur réussite professionnelle, nous ne pouvons pas continuer à leur demander toujours davantage sans leur apporter la considération qu’ils méritent.
Dans de nombreux établissements relevant de l’éducation prioritaire, les équipes font face à une rotation importante des personnels, à des difficultés de recrutement et parfois à l’épuisement tout simplement.
La question de l’éducation prioritaire est donc aussi celle de l’attractivité du métier d’enseignant, de la formation, de l’accompagnement. Car aucune réforme des critères ne réussira sans des professeurs mieux reconnus.
Par ailleurs, nous devons aussi regarder les dispositifs complémentaires qui montrent déjà leur efficacité sur le terrain.
Je pense notamment aux cités éducatives, qui permettent une coopération concrète entre l’État, les collectivités territoriales, la communauté éducative et les familles.
Dans l’Essonne, la cité éducative de Saint-Michel-sur-Orge en est un exemple.
Ce dispositif associe écoles, acteurs sociaux, associations et communes voisines pour lutter contre le décrochage scolaire, renforcer l’accompagnement des jeunes et recréer une continuité éducative à l’échelle du quartier.
Cette approche est précieuse parce qu’elle dépasse la seule logique administrative du classement en réseau prioritaire.
Mes chers collègues, l’école doit rester le grand moteur de l’égalité des chances, dans tous les territoires de la République.
L’éducation prioritaire peut être un outil formidable au service de cette ambition. Mais cela suppose, comme je le disais, une réforme d’ampleur.
Une réforme qui dépasse la seule définition des critères d’attribution. Une réforme qui s’intéresse aussi à la mixité sociale, à l’accompagnement des familles, aux dynamiques territoriales et, bien sûr, à la reconnaissance de nos enseignants.
Je vous remercie.




