Marie-Claude Lermytte - Débat sur la sécurité dans les musées
- Les Indépendants
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6 janvier 2026
SEUL LE PRONONCÉ FAIT FOI
Madame la Présidente,
Monsieur le Président de Commission,
Madame la Ministre,
Mes Chers Collègues,
Ce débat arrive après le braquage survenu au musée du Louvre qui nous laisse encore tous un peu pantois.
Madame la Ministre, permettez-moi tout d’abord de saluer le travail remarquable des agents de sécurité, des agents du musée du Louvre, de la surveillance à la conservation, ainsi que celui des enquêteurs et des forces de police, dont la mobilisation a permis l’interpellation rapide de deux suspects, en l’espace de sept jours seulement après le braquage. Cette efficacité mérite d’être reconnue.
Malheureusement, cet événement ne peut être considéré comme un fait isolé.
En l’espace d’un mois et demi, ce sont cinq musées français qui ont été victimes de cambriolages, occasionnant des préjudices se chiffrant en millions d’euros, mais surtout des pertes inestimables pour notre patrimoine national et pour la connaissance scientifique.
Je pense au musée Adrien Dubouché de Limoges, au musée du Président Jacques Chirac, à la collection de monnaies du musée de Langres, enfin au Muséum national d’Histoire naturelle, où une suspecte a été interpellée en possession d’or fondu. Tout ceci constitue une disparition irréversible pour la science.
Ces faits font écho à d’autres affaires marquantes, comme le vol du trésor du musée de Sens en 2016, dont nous ne connaissions même pas encore toute sa valeur, ou la dispersion aux enchères de biens issus du château de Grignon. À chaque fois, c’est une part de notre Histoire, de notre mémoire collective qui disparaît.
Madame la Ministre, la loi Musées de 2002 a rendu obligatoire le récolement décennal des collections. Nous sommes en 2026.
Ma première question est donc volontairement simple et directe : le ministère de la Culture dispose-t-il aujourd’hui d’une vision exhaustive, consolidée et à jour de l’état réel des collections publiques, et en particulier de celles du musée du Louvre ?
Les résultats des récolements sont-ils effectivement transmis, centralisés et exploités au niveau national, ou restent-ils dispersés dans les établissements, parfois sur des outils fragiles, sans pilotage global ?
Existe-t-il des mécanismes de contrôle effectifs et, le cas échéant, des conséquences, lorsque cette obligation légale n’est pas respectée ?
On ne peut pas lutter sérieusement contre les vols si l’on n’est pas en mesure d’identifier rapidement ce qui a disparu.
Vous le savez, chaque commerçant est tenu de faire l’inventaire de ses stocks, chaque marchand d’art de tenir à jour son livre de police sous peine de sanctions. Comment peut-on accepter que l’exigence soit moindre lorsqu’il s’agit du patrimoine de la Nation ?
Le récolement n’a jamais été conçu comme une simple formalité administrative. Il portait, dès l’origine, une ambition scientifique forte : mieux connaître les collections permanentes et les réserves, parfois mal identifiées, mal attribuées ou insuffisamment contextualisées.
Il devait permettre d’améliorer la qualité de la connaissance, de renforcer la traçabilité des œuvres, de favoriser les réattributions scientifiques et de nourrir le travail de recherche comme celui de la médiation culturelle.
Plus largement, la politique scientifique des musées repose sur des obligations de déclaration, sur des moyens humains qualifiés et sur une capacité de suivi et d’évaluation au niveau national.
Madame la Ministre, cela m’amène à vous interroger sur la continuité de l’État et de la transmission des informations stratégiques.
Prenons le musée du Louvre. Pourquoi la sécurité de la galerie Apollon n’avait-t-elle pas été renforcée auparavant ?
Madame Laurence des Cars avait-elle toutes les données en main à la passation de pouvoir ? Je pense notamment au rapport dit Van Cleef & Arpels de 2018.
Madame la Ministre, la sécurité des musées ne peut plus être pensée uniquement en termes d’alarmes ou de vitrines. L’actualité, marquée par des enlèvements dans l’univers des crypto-actifs et par la flambée du cours de l’or, montre que les objets de petite taille, à forte valeur, facilement transportables et transformables, sont devenus des cibles privilégiées.
L’ensemble de ces éléments déclenche toutes une série d’interrogations, dont les réponses seront à apporter prochainement.
Quelles mesures concrètes sont aujourd’hui prises pour assurer la sécurité des personnels qui manipulent, étudient et transportent ces œuvres, notre patrimoine commun ?
Quelle formation spécifique reçoivent-ils face aux risques d’intrusion, de chantage, ou de cybermenaces ?
Existe-t-il un suivi psychologique régulier pour les personnels exposés, ou des dispositifs de prévention adaptés ?
Des évaluations de vulnérabilité ou des enquêtes de moralité sont-elles prévues tout au long de la carrière, y compris après l’accès aux fonctions de conservateur ?
Ne faut-il pas engager une réflexion sur une analyse du risque par typologie d’objets, avec une classification interne des œuvres et une adaptation des moyens humains et techniques, afin de mieux anticiper les menaces contemporaines ? L’IA pourrait être un outil efficace.
Nul doute que ces sujets continueront de vous mobiliser.
Je vous remercie.








