Marie-Claude Lermytte - PPL visant à revaloriser les métiers du travail social
- Les Indépendants
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7 janvier 2026
Proposition de loi visant à revaloriser les métiers du travail social - Dossier Législatif
SEUL LE PRONONCÉ FAIT FOI
Monsieur le Président,
Madame la Ministre,
Monsieur le Président de Commission,
Madame la Rapporteure,
Mes chers Collègues,
Permettez-moi de commencer par un témoignage personnel. Après trente trois années passées en tant assistante sociale, au contact quotidien des personnes les plus fragiles, je souhaite vous faire part d’une réalité de terrain que beaucoup de professionnels partagent.
J’ai exercé à l’interface du social, du sanitaire et de l’administratif, accompagnant des femmes et des hommes confrontés à la précarité, à la perte d’autonomie, au handicap, à la maladie ou à l’isolement.
Derrière chaque dossier, il y a une histoire, une urgence, parfois une détresse profonde. Le travail social, ce n’est pas une abstraction : c’est un pilier discret mais essentiel de notre pacte républicain, un levier de cohésion sociale et de prévention des ruptures de parcours.
Au fil des années, j’ai vu les situations se complexifier, les besoins augmenter, alors que les moyens, eux, se raréfiaient. La volonté administrative de quantifier et de mesurer le travail social se heurte à la nature profondément humaine et imprévisible de l’accompagnement, tandis que l’encadrement hiérarchique par des acteurs non issus du champ social accentue le décalage entre les logiques gestionnaires et les réalités du terrain.
J’ai vu des équipes engagées, compétentes, profondément attachées à leurs missions, mais aussi de plus en plus épuisées, confrontées au sous-effectif chronique, à la perte de sens et au découragement. Cette réalité, mes chers collègues, n’est pas idéologique : elle est vécue, chaque jour, sur le terrain.
C’est forte de cette expérience que j’aborde l’examen de cette proposition de loi.
Le constat est partagé : le secteur médico-social traverse aujourd’hui une crise profonde. Pénurie de professionnels, difficultés de recrutement, perte d’attractivité des métiers, charge de travail en constante augmentation, multiplication et empilement des dispositifs en sont les principaux marqueurs.
Les chiffres le confirment : plus de 70 % des établissements peinent à recruter, tandis que de nombreux départs à la retraite sont à prévoir, alors même que les besoins augmentent sous l’effet du vieillissement de la population et de l’aggravation des situations de précarité.
Dans ce contexte tendu, les professionnels font face quotidiennement à la misère, à la dépendance, à la maltraitance et à la solitude, assumant la détresse humaine, souvent sans relais ni soutien.
Malgré cela, ils demeurent profondément engagés, portés par des valeurs de solidarité, de respect de la dignité humaine et de service public.
Ils travaillent en équipes pluridisciplinaires, aux côtés des professionnels de santé, pour apporter des réponses globales et adaptées aux situations rencontrées. Cet engagement mérite mieux que des intentions.
La question qui nous est posée aujourd’hui n’est pas de savoir s’il faut revaloriser les métiers du travail social, sur ce point, nous sommes nombreux à être d’accord, mais de savoir comment le faire de manière responsable, finançable et durable.
Force est de constater que cette proposition de loi, malgré l’ambition qu’elle affiche, ne répond pas à cette exigence. Elle propose notamment de porter le SMIC à 2 050 euros bruts. Présentée comme un progrès décisif, cette mesure est en réalité irréalisable dans l’état actuel de nos finances publiques.
Une hausse massive et immédiate du SMIC dans un secteur déjà exsangue constituerait un choc pour de nombreux établissements, dont certains sont déjà déficitaires.
Et ce n’est pas en décrétant une revalorisation salariale que les financements apparaissent comme par magie.
Vous proposez également d’indexer les financements publics sur l’inflation, sans tenir compte d’une réalité essentielle : les départements n’ont plus de marges de manœuvre. Ils financent déjà l’APA, le RSA, la protection de l’enfance, le handicap. Leur situation budgétaire est elle aussi proche de la rupture. Vous déplacez le problème sans le résoudre.
Le reproche le plus grave que l’on puisse faire à ce texte est de donner de faux espoirs à des professionnels déjà à bout, en sachant pertinemment que ces promesses ne pourront être tenues. Ce sujet mérite mieux que des slogans.
Il mérite un débat de vérité sur le financement pérenne de nos politiques sociales, sur la place respective de l’État et des départements, et sur la soutenabilité de nos engagements.
Pour toutes ces raisons, notre groupe, Les Indépendants, ne votera pas cette proposition de loi. Non par manque de considération pour les travailleurs sociaux, bien au contraire, mais parce que nous refusons de leur mentir.
En revanche, Madame la Ministre, nous sommes pleinement disponibles pour travailler à des solutions réalistes, responsables et durables, afin de revaloriser ces métiers essentiels sans mettre à terre nos collectivités et nos établissements. C’est à cette condition, et à cette condition seulement, que nous rendrons enfin justice à celles et ceux qui tiennent aujourd’hui à bout de bras un système fragilisé.
Je vous remercie.








