QAG - Vanina Paoli-Gagin - Avenir du site de Clairvaux
- Les Indépendants
- il y a 1 jour
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 16 heures
14 janvier 2026
Question d'actualité au Gouvernement
Question de Vanina Paoli-Gagin :
Monsieur le Président,
Madame la Ministre de la Culture,
Le site de Clairvaux est emblématique de notre histoire : abbaye cistercienne fondée par Saint Bernard au XIIe siècle, prison sous Napoléon, désormais vitrine coûteuse et, pardon de le dire, un peu honteuse de l'impéritie publique.
En novembre 2016, mon prédécesseur, Philippe Adnot, dans ce même hémicycle, dénonçait la décision de fermeture de la centrale dans un contexte national déjà de surpopulation carcérale et après une rénovation récente du bâti. Une décision prise sans concertation préalable avec les élus locaux, peut être un possible vestige d'un certain "art du deal" de l'époque.
Clairvaux ne serait plus une prison : dont acte !
Pour en écrire un nouveau chapitre, l'État a engagé une procédure de sélection longue et exigeante : appel à idées en 2019, puis à manifestation d'intérêt en 2022. Sur la minuscule poignée d'opérateurs privés candidats, le lauréat, filiale de Vinci Construction, retenu fin 2023, n'a finalement pas été conforté en 2024.
Dix ans après sa fermeture, donc, ce qui se passe à Clairvaux renvoie à une bien triste image de l'action publique : incapable de construire l'avenir, mais à la tâche pour détruire, sans étude d'impact connue, une part du passé carcéral. Ces démolitions ont aussi un coût.
Département de l'Aube, Région Grand Est, collectivités sont prêts, mais la latence côté État repousse encore la création du groupement d'intérêt public de reconfiguration de la reconversion du site.
Madame la Ministre, allez-vous stopper les destructions en cours ? D'autant qu'elles sont faites sans consultation des élus locaux et de l'association ARAC, et peuvent de surcroît obérer de futurs projets de reconversion culturelle de ce site exceptionnel ?
Intervention du Président du Sénat :
Pour vous répondre, la parole est au ministre de la Justice, garde des Sceaux, M. Darmanin.
Réponse du ministre de la Justice, Gérald Darmanin :
Merci Monsieur le Président du Sénat.
Madame la Sénatrice,
D'abord Clairvaux, je voudrais le dire devant vous. C'est ce souvenir de Nicole Comte, infirmière, et de Guy Girardot, surveillant pénitentiaire, pris en otages puis assassinés et égorgés le 21 septembre 1973 par les détenus Claude Buffet et Roger Bontems.
Quand nous parlons de Clairvaux, nous parlons avant tout de la meurtrissure de la République pour ses agents pénitentiaires, et je veux avoir ici pour eux une pensée. C'est comme le cas également de Marc Dormont, surveillant pénitentiaire, assassiné mort par balle alors qu'il tentait d'empêcher une tentative d'invasion le 11 septembre 1992.
Vous comprendrez donc, mesdames et messieurs les sénateurs, pourquoi c'est le ministre en charge de l'Immobilier pénitentiaire qui veut répondre, en remerciant la ministre de la Culture.
En 2017, mon prédécesseur, M. Urvoas, a décidé en effet de fermer le site de Clairvaux, dans des circonstances que vous avez rappelées. Et je veux ici redire à quel point nous tenons, au Ministère de la Justice, à ce site immense que vous avez évoqué et pour lequel l'État n'a pas été, madame la sénatrice, sans intervention puisque 60 millions d'euros ont déjà été investis, m'y étant rendu voilà quelques semaines, vous le savez, sur le site on peut voir le clos de l'abbaye complètement refait où des tournages de films se font d'ailleurs y compris dans le domaine pénitentiaire.
Je pense que 60 millions d'euros d'argent public, ce n'est pas rien quand c'est dépensé de la part de l'État. Mais madame la sénatrice, il y a un désaccord entre les élus. Monsieur François Baroin, madame Bazin, madame Perrot, ici sénatrice de l'Aube, ne sont pas tout à fait d'accord sur les mêmes projections, sans doute entre le Ministère de la Culture et le Ministre de la Justice.
D'abord, pour peut-être rouvrir un site pénitentiaire, et j'ai chargé Claude d'Harcourt, en accord avec François Baroin, de pouvoir envoyer une mission de préfiguration pour ouvrir, pourquoi pas, la deuxième école pénitentiaire dont nous avons besoin sur le site. Le site étant immense, il peut à la fois être culturel et un lieu mémoriel, éducatif et de formation pour l'école pénitentiaire.
Je pense que vous en serez d'accord, que nous prendrons le temps, avant de dépenser quelques centaines de millions d'euros sur ce site, en nous souvenant de ces fonctionnaires morts pour la République.
Intervention du Président du Sénat :
Madame Paoli-Gagin.
Réplique de Vanina Paoli-Gagin :
J'avoue que je suis assez surprise par le déplacement du barycentre, sachant que c'était un projet de reconversion culturelle de ce site qui est envisagé. Mais le fait, M. le garde des Sceaux, que ce soit vous qui me répondiez, donne la couleur et je crains que la messe ne soit dite. Mais c'est très bien que nos élus locaux soient ainsi informés par votre truchement.
Merci beaucoup.








