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Vanina Paoli-Gagin - Débat - Électrification des usages dans le contexte de crise internationale

  • il y a 1 jour
  • 4 min de lecture

26 mai 2026



SEUL LE PRONONCÉ FAIT FOI


Madame la Présidente,

Madame la Ministre,

Mes chers collègues,


Il est regrettable de devoir attendre une crise géopolitique au Moyen-Orient et la perturbation des approvisionnements en pétrole dans le monde entier, pour aborder sérieusement la question de l’électrification des usages.

Notre mix électrique, dominé par le nucléaire et soutenu par l’hydroélectricité et les renouvelables, est particulièrement robuste en France. Il nous permet de produire une électricité décarbonée et abondante.

Toutefois, l’électricité ne représente que 28% de notre consommation finale d’énergie. Nous avons beau produire la moitié de l’énergie nucléaire européenne et avoir augmenté notre production de renouvelable de 50 TWh en 8 ans, 60% de notre consommation repose encore sur le pétrole et le gaz importés.

Ces importations ont un coût, écologique d’abord, mais également financier : près de 64 milliards d’euros annuels.

Pour ces raisons, nous devons limiter notre dépendance à ces énergies fossiles, et d’autant plus désormais pour des questions de souveraineté et de sécurité nationale. Comme le soulignait le Premier ministre, « quand nous importons du pétrole ou du gaz, nous importons en même temps les crises des autres ».

Nous sommes aujourd’hui moins exposés que dans les années 70 : nous importons trois fois moins de pétrole brut et les sources se sont largement diversifiées.

Toutefois, nous demeurons trop vulnérables. Le conflit au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz ont entraîné des variations très importantes du prix du baril de pétrole, et en conséquence : une augmentation du prix des carburants, du coût des transports de marchandises, des engrais etc.

Nos entreprises et nos concitoyens subissent de plein fouet les conséquences de l’interventionnisme erratique de Trump. Si nous ne pouvons pas contrôler ce qui lui passe par la tête, tentons du moins de limiter les conséquences pour la France.

C’est pourquoi notre Groupe soutient la stratégie d’électrification des usages, qui doit se traduire à la fois par un déport de consommation finale d’énergie vers l’électricité, et par une augmentation de nos capacités de production.

Produire plus d’électricité n’a de sens que si celle-ci est consommée. L’offre dépend de la demande, et inversement. Si nous traitons l’un sans nous soucier de l’autre, nous fragilisons le système : la rentabilité des projets est compromise et cela coûte très cher à l’État.

Il ne s’agit pas de consommer plus en valeur absolue, mais de substituer l’électricité, aux usages du pétrole et du gaz. Électrifier, oui ; mais avec sobriété.

Il faut donc soutenir la demande et accompagner une électrification massive des usages. Car de nombreux secteurs restent dépendants des hydrocarbures : le textile, la chimie, l’agroalimentaire… et certains sont très consommateurs.

C’est pourquoi l’annonce d’un grand plan d’électrification par le Gouvernement, visant en priorité le logement, les transports et l’industrie, est bienvenue. Véhicules légers électriques, l’électrification des poids lourds, installation d’1 million de pompes à chaleur… Ces propositions vont dans le bon sens.

Mais il faut également s’attaquer au défi de l’augmentation de la production électrique nucléaire. C’est un défi stratégique. Éminemment stratégique. C’est pourquoi je me réjouis que le portage se fasse au plus haut niveau de l’exécutif.

Mais je tiens à souligner, Madame la Ministre, que ce portage politique vous engage, nous engage. Maintenant que ces annonces ont été faites, nos concitoyens ne pardonneraient plus l’inaction. Le Rubicon a été franchi, et c’est tant mieux.

Sur la majorité des sujets, les Français sont malheureusement habitués à ce que les annonces ne soient pas suivies d’effets. Ils s’en résignent petit à petit, perdent confiance en la puissance publique. C’est navrant. Mais ils ont l’habitude.

Or, là, c’est très différent. Les Français garderont les yeux rivés sur ce plan d’action, de même qu’ils gardent les yeux rivés sur les chiffres qui défilent lorsqu’ils font le plein à la pompe.

Et dans mon département, deux sujets concentrent l’attention.

Le premier, c’est le projet Newcleo, qui vise à développer la seule usine de fabrication de combustible pour les réacteurs à neutrons rapides en Europe occidentale. C’est un projet emblématique du nouveau nucléaire.

Or ces acteurs sont des entreprises privées, pour qui le temps se mesure en euros. Tout ce qui raccourcit les délais pérennise les modèles économiques, et donc la possibilité de changer la donne. En l’occurrence, la fermeture du cycle du combustible.

Le Président de la République a d’ailleurs rappelé, lors du Conseil de politique nucléaire de mars dernier, qu’il faut soutenir tous les acteurs industriels qui peuvent contribuer à relancer le nucléaire en France.

C’est pourquoi j’ai déposé, avec mon collègue Vincent LOUAULT, une proposition de loi visant à simplifier les procédures pour l’industrie nucléaire innovante. Des obstacles législatifs subsistent, qui pourraient être facilement levés pour avancer de façon opérationnelle sur l’électrification.

Le second, c’est l’installation d’EPR2 sur le site de Nogent-sur-Seine. Ce site dispose déjà des infrastructures foncières et industrielles pour accueillir ces réacteurs dernière génération. Le tissu d’entreprises comme les élus locaux attendent l’annonce. Il faut vraiment que le Gouvernement ait à l’esprit cette attente, car la réussite des grands projets industriels tient aussi à la détermination des acteurs locaux de les porter. Je peux vous garantir que nous sommes déterminés !

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