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Claude MALHURET : PPL tendant à réguler l'hyperfréquentation dans les sites naturels et culturels

Mis à jour : janv. 3

Monsieur le Président,

Madame la Ministre,

Monsieur le Président de la Commission,

Monsieur le Rapporteur,

Mes chers collègues,


Les dernières données de l’Organisation mondiale du tourisme sont claires : le tourisme n’a cessé d’augmenter ces dernières années. Il représente environ 10 % du PIB mondial. Les prévisions pour les années futures confirment cette tendance et la France est la destination la plus prisée, avec près de 90 millions de touristes pour l’année 2017. L’arrivée de touristes dans notre pays est une excellente nouvelle pour le rayonnement de sa culture et la beauté de nos territoires. Mais bien sûr, cela nous oblige aussi à nous poser la question de ses conséquences, notamment lors d’une fréquentation massive.


Je tiens donc à saluer le travail pertinent et neutre entrepris par le rapporteur, notre collègue Jérôme Bignon, ainsi que la justesse du calendrier. Les élections municipales sont dans quelques mois, autant dire demain, et les propositions des maires et des candidats sur le tourisme seront primordiales dans beaucoup de nos territoires.


Nous sommes face à l’inévitable confrontation entre la fréquentation souhaitée de nos sites touristiques et culturels, et leur préservation.


La fréquentation touristique est souvent une chance. A la fois pour nos territoires, en termes de croissance économique, mais aussi pour les visiteurs. Ce tourisme est un moyen de transmission, d’éducation, de sensibilisation aux enjeux de préservation et de découverte de notre histoire. Nous voyons de nouvelles formes de tourismes apparaître avec une conscience forte de l’impact de cette activité sur les sites touristiques, mais pas seulement.


Les selfies à la chaîne et le besoin désormais vital de poster sur les réseaux sociaux chaque instant insignifiant de nos vies ont également entraîné un tourisme de consommation. Tout comme on ne regarde plus une œuvre dans un musée mais on s’assure d’en avoir capté l’essence en photo pour la partager, on se photographie et on géo localise le lieu afin d’être sûr d’en faire prendre connaissance à nos friends et à nos followers. Et, si ce lieu a été visité auparavant par une célébrité, cela est encore mieux.


Ces nouvelles pratiques n’ont pas toujours un effet négatif sur le tourisme et ont permis de faire découvrir au grand public des sites hors normes. L’attractivité a aussi permis d’alerter sur des sites en danger que l’Humanité ne peut se permettre de voir disparaître. Cependant, elles ont aussi eu les effets néfastes sur certains lieux aux prises avec une hyperfréquentation qui n’avait jusque-là pas été envisagée.


Les impacts sont majoritairement environnementaux. La fréquentation massive peut entraîner une saturation des sites avec des conséquences sur la biodiversité et même sur la sécurité. Les sites peuvent être abîmés ou fragilisés par le passage trop fréquent de véhicules ou de personnes. Les conséquences sont parfois dommageables pour le tourisme lui-même.


La question des pollutions diverses est également un enjeu, les déchets sont un exemple parmi tant d’autres. La pollution sonore et la qualité de l’air peuvent également avoir un impact et fragiliser tout un écosystème. De manière générale, les touristes et donc les citoyens doivent se responsabiliser quant à leurs gestes et à leurs actions afin de pouvoir profiter de manière durable des endroits qu’ils visitent, et les transmettre aux générations suivantes.


Dans le monde entier déjà des mesures ont été prises. Les cas sont assez nombreux, je n’en citerai qu’un, celui de l’Indonésie qui réfléchit à restreindre l’accès, de manière temporaire, à l’île de Komodo - refuge de ses célèbres dragons, menacés entre autres par la venue de milliers de touristes par semaine.


Ce phénomène d’hyperfréquentation en France reste ciblé sur certains lieux qui ont acquis une notoriété incontestable : le Mont Saint-Michel, le Mont-Blanc ou encore les gorges du Verdon. Mais d’autres lieux en font également les frais en période de grandes affluences. Des outils déjà existants sont utilisés par les responsables locaux, comme l’a très justement mis en exergue Jérôme Bignon tout à l’heure dans son rapport. De meilleurs aménagements de sites pouvant accueillir plus de personnes en toute sécurité sont réalisés. A l’extérieur des sites également avec la construction de parkings pour éviter l’usage de la voiture ou des places de stationnement encadrées pour réguler la fréquentation. Dans certains lieux des écogardes sont présents pour s’assurer du respect des règles et alerter sur les bons gestes.


Les maires, particulièrement, ont un panel de solutions à leur disposition avec des pouvoirs en matière environnemental que ce soit sur la question de pollutions ou de préventions. Ces outils fonctionnent et sont reconnus comme efficaces.


La proposition qui nous est faite vient compléter le dispositif existant et le parfaire. Elle créée une nouvelle police spéciale à l’endroit des maires qui pourront désormais réguler l’accès à certains sites ou zones de site. Cette régulation concerne à la fois les véhicules, mais également les personnes ce qui n’était pas le cas auparavant. De plus, elle permet d’insérer de la flexibilité au système qui envisageait seulement l’interdiction d’accès. Le maire se voit donc attribuer une corde supplémentaire à son arc. Cependant, la flèche pourra être retenue avant d’atteindre sa cible, car l’arrêté motivé devant être délivré suppose la discussion avec les acteurs locaux. Cela renforcera certainement le pouvoir de la décision et sa justesse.


Ainsi, la fréquentation massive de nos sites naturels et culturels patrimoniaux est un double enjeu. De préservation, certes. Mais rappelons-nous que beaucoup de nos territoires espèrent une forte attractivité, pour le partage de la beauté de leurs sites, pour le rayonnement de leur histoire et leurs spécificités. C’est ce que nous espérons tous. La France a des atouts formidables. Et, chaque fois que ce sera nécessaire, une boite à outils renforcée sera disponible afin d’en préserver ces richesses.


De leur côté, nos concitoyens, et les citoyens du monde, doivent aussi se sentir concernés et responsables afin qu’ensemble nous préservions notre bien commun et les témoignages de notre patrimoine. Car, comme le dit l’Organisation mondiale du tourisme : « Le Tourisme, c’est bien plus que vous ne l’imaginez ». Mais il y a aussi d’autres enjeux qui sont bien plus que le tourisme.


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