Claude MALHURET : Prorogation de l'état d'urgence sanitaire dans les outre-mer

09 septembre 2021


Projet de loi autorisant la prorogation de l'état d'urgence sanitaire dans les outre-mer


Monsieur le Président,

Monsieur le Président du Sénat,

Monsieur le Ministre,

Mes Chers Collègues,


Nous sommes d’abord ici pour exprimer notre solidarité à nos compatriotes d’outre-mer frappés par une vague violente de ce virus aussi imprévisible qu’impitoyable. Et pour saluer le magnifique élan de solidarité des soignants de métropole qui, par centaines, se succèdent en Martinique, en Guadeloupe et désormais en Polynésie, afin d’épauler leurs collègues débordés par un flot de malades souvent dans un état très grave.


Pour qu’une telle épreuve ne se cantonne pas à son côté désespérant, il faut en tirer les enseignements. Et le premier, Sébastien Lecornu et Philippe Bas l’ont dit, c’est le nombre démesuré des victimes dans les territoires peu vaccinés alors que la métropole, grâce à un fort taux de vaccination est en train d’éteindre la quatrième vague après avoir contenu le nombre des cas graves.


S’il fallait une preuve de ce que les scientifiques répètent depuis des mois, que le vaccin pour tous est la seule chance de vaincre le virus, eh bien cette preuve nous l’avons sous les yeux de la manière la plus éclatante, et malheureusement la plus triste, qui soit.


Cette preuve vient accabler, démasquer et dénoncer ceux qui depuis des mois tentent de discréditer le vaccin, d’effrayer les français et de répandre leurs bobards sur des réseaux antisociaux devenus le fort Chabrol des agités du bocal, et dans des cortèges de pigeons menés par des ânes, ces politiciens des deux extrêmes dont les sermons vaccino-sceptiques ne sont que le moyen d’atteindre l’objectif qui les obsède : foutre en l’air le système. Heureusement, comme dit le proverbe, le trot de l’âne ne dure pas longtemps. Après avoir jeté le soupçon sur le vaccin, forcé les autorités sanitaires à avancer à pas comptés et tenté de vider les vaccinodromes par la désinformation, ils sont aujourd’hui pris à leur propre piège. Alors que les résistants d’opérette votaient avec leurs pieds, tous les autres français ont voté avec leur cervelle en se faisant vacciner. Les Camille Desmoulins des boulevards de la démagogie avaient battu le rappel des antivax, des antisystèmes, des anti Macron, des antisémites et surtout des antitout. Les sondages leur révélant que même leurs propres sympathisants se partagent désormais entre antivax et vaccinés, ils tentent de sortir de la nasse en se mêlant au mouvement des antipass : je suis antipass, donc je ne suis pas vraiment antivax, je suis antipass donc je ne suis pas vraiment provax non plus. Avec ce double-jeu ils sont devenus la chauve-souris de la fable de La Fontaine : « Je suis oiseau, voyez mes ailes, je suis souris, vivent les rats ». Heureusement, on a rarement vu une chauve-souris gagner l’élection présidentielle. Aujourd’hui les cortèges ont fondu et les français ont bien compris que la seule liberté que défendent ces leaders de pacotille qui crient à la dictature en France tout en admirant Poutine et Maduro, est la liberté de mettre en danger la vie d’autrui au nom de théories qui tiennent plus du champignon hallucinogène que de la science, et de certitudes acquises à l’université Facebook, section fake news, ils ne savent même pas localiser leur vésicule biliaire mais ils ont un avis tranché sur l’ARN messager et l’hydroxychloroquine.


Divine surprise, après un débat confisqué pendant des mois par des minorités aussi bruyantes que clairsemées, boursouflées par une couverture médiatique inversement proportionnelle à leur nombre dans un drôle d’attelage à trois, les excités cherchant le bruit, les télés cherchant l’audience, les réseaux cherchant la haine, une majorité silencieuse des français, de plus en plus solide, est montée en puissance pour défendre l’adhésion à des vérités rationnelles que les adeptes du glissement de terrain mental n’auraient jamais dû pouvoir mettre en doute.


La décision courageuse des autorités de Nouvelle-Calédonie devant le risque terrifiant d’une nouvelle flambée nous montre aujourd’hui l’exemple. La vaccination obligatoire, ou en tous cas généralisée, est notre prochain défi.


Les chiffres baissent partout, même désormais aux Antilles. Sommes-nous à l’aube d’une victoire sur la pandémie ou n’est-ce qu’une simple trêve ? La réponse simple, claire et définitive à cette question est : « Dieu seul le sait ». Le gouvernement va devoir continuer à prendre des décisions délicates, difficiles, contestées par des irresponsables d’autant plus décidés à mettre le feu qu’ils viennent de subir une déroute. Faut-il décider d’une vaccination obligatoire en métropole, comment organiser les modalités de la troisième dose, comment maîtriser les risques à l’école, à l’université, dans les lieux publics ? Ce sont quelques-unes des questions que nous aurons à trancher ensemble dans les prochaines semaines et le Sénat le fera avec le même sens de la responsabilité qu’il a su montrer jusqu’ici.

Pour l’heure, il s’agit avant tout de parer au drame que vivent nos compatriotes d’outre-mer. Et bien sûr, nous voterons le projet de loi qui va le permettre.

Interventions au Sénat