Emmanuel CAPUS : Débat - La dette publique à l'aune de la crise économique actuelle

02 mars 2021


Débat sur la dette publique à l'aune de la crise économique actuelle (demande du Groupe Les Républicains)


Madame la Présidente,

Monsieur le Ministre,

Mes Chers Collègues,


Au sortir de la Seconde Guerre mondiale - Monsieur le Ministre vous avez rappelé cette période - la dette française atteignait 250% du PIB, la dette publique. Quelques années plus tard, au début des années 1950, elle n’en représentait plus que 30%.

Alors que notre taux d’endettement a bondi de 20 points en moins d’un an et dépasse désormais 120% du PIB, une telle capacité à résorber la dette laisse rêveur !


Mais comparaison n’est pas raison, et la situation en 2021 diffère largement de celle de l’après-1945, quand bien même nous déclarons la guerre au virus. L’économie doit repartir, et repartir vite, mais le pays n’est pas à reconstruire.


La situation est aujourd’hui des plus singulières : d’une part, la dette publique, en valeur absolue, n’a jamais été aussi élevée ; d’autre part, l’épargne privée, constituée pour large part grâce aux mesures mises en place par le Gouvernement, n’a jamais été aussi élevée.


On peut y voir un paradoxe historique. On peut aussi y voir une opportunité pour accélérer la relance sans dégrader davantage nos finances publiques. Si le Gouvernement ne dirige plus l’épargne des Français, et c’est heureux ainsi, il peut mettre en place des outils afin de l’orienter vers des investissements stratégiques.


Monsieur le Ministre, on a pu lire dans la presse que vous vous étiez emparé de cette question. Quels sont donc les outils que vous entendez mettre en place sur ce sujet ?


Réponse de M. Bruno LE MAIRE – Ministre de l’économie et des finances et de la relance

J’en viens grâce à la question de Monsieur CAPUS à la manière de rembourser notre dette.

Donc, il y a la mauvaise manière, celle qui a été employée pendant des décennies, ce sont les impôts. J’exclue toute augmentation d’impôt pour rembourser notre dette publique. Ce serait une erreur politique et une faute économique.


En revanche, je pense qu’il faut jouer sur trois leviers :

- la croissance ;

- la maîtrise des finances publiques ;

- et en troisième lieu, les réformes de structure.


La croissance, il faut l’alimenter, c’est le plan de relance. C’est aussi, vous l’avez parfaitement indiqué, l’utilisation de l’épargne des français. Nous aurons constitué près de 200 milliards d’euros d’épargne d’ici la fin de l’année. Nous voulons les inciter à transmettre plus facilement cette épargne à ceux qui pourraient la consommer ; je ferai des propositions au Premier Ministre et au Président de la République en ce sens.


Nous avons également mis en place, je le rappelle, des fonds labelisés « relance » qui sont faits pour financer les PME françaises et qui ont rencontré un immense succès dans le réseau bancaire français puisque, au 1er Mars, les 150 fonds labelisés « relance » ont levé 25 milliards d’euros qui vont financer l’économie et permettre à nos PME de mieux fonctionner. Donc, vous le voyez, ces fonds « relance » ont été un succès, 25 milliards d’euros pour financer l’économie, c’est ce qui va alimenter la croissance qui est la meilleure façon de rembourser notre dette publique.


La deuxième manière, c’est la maitrise des finances publiques. Je suis favorable à ce que nous réfléchissions à la mise en place d’une règle pluriannuelle, pour stabiliser la dépense publique et donner de la visibilité sur notre dépense publique. Je suis favorable également à un examen de l’ensemble de nos dépenses publiques, parce que ça nous permettra de gagner en efficacité. Nous attendons avec Olivier DUSSOPT, les propositions de la Commission présidée par Jean ARTHUIS, qui seront suivies avec la plus grande attention.


Enfin, la troisième manière de rembourser sa dette, c’est d’engager des réformes de structure. Nous avons commencé à le faire sur l’assurance chômage. Vous connaissez aussi mes convictions sur la réforme des retraites ; j’ai toujours estimé qu’il fallait inciter les français à travailler plus longtemps pour financer notre modèle de protection sociale.


RÉPLIQUE :

Merci Monsieur le Ministre pour votre réponse très large et pour les propositions que vous nous annoncez.

De notre côté, notre Groupe Les Indépendants a fait une proposition pour mobiliser cette épargne pour des investissements publics. Le dispositif envisagé par ma collègue Vanina PAOLI-GAGIN vise à mobiliser cette épargne par le biais de Fonds souverains régionaux, qui utiliseraient ces fonds au plus près des besoins des territoires. J’espère que nous pourrons bientôt en débattre ici.



Interventions au Sénat